le mode de transmission du choléra ne peut être les réseaux d'AEP L'Algérie a fait le choix de la transparence, malgré le caractère circonscrit de l'épidémie. C'est en tout cas, le discours des autorités sanitaires. Le choléra a provoqué le décès d'une personne, un homme de 45 ans, à Boufarik, dans la wilaya de Blida. Les dernières informations concernant cette épidémie qui a concerné 88 personnes, dont 41 cas confirmés dans quatre wilayas du pays, font ressortir l'existence d'un lien de parenté entre les victimes. L'enquête épidémiologique, lancée par les services du ministère de la Santé, en sus des analyses effectuées par l'Institut Pasteur concluent à l'absence de contamination via l'eau du robinet. Le fait que les voisins des personnes malades n'aient pas été infectés, atteste que le mode de transmission du choléra ne peut être les réseaux d'AEP. Il n'y a donc pas de cross-connexion. La bactérie responsable de l'épidémie n'est pas entrée dans les foyers par l'entremise de l'eau courante. Celle-ci est bel et bien potable, en atteste le faible nombre de malades dans une zone géographique chevauchant sur quatre wilayas. Les 88 cas recensés par les services du ministère de la Santé dans une région où vivent des millions d'habitants confirment donc la transmission entre personnes. Il reste que le choléra est bel et bien là. L'important pour les professionnels de la santé est d'en identifier, avec exactitude, l'origine. Les suspicions s'orientent vers les légumes et fruits consommés par la famille de Boufarik qui a transmis la maladie. Mais cela ne répond que partiellement à la question. D'autres interrogations restent encore sans réponses. Quels sont les aliments contaminés? D'où ont-ils été achetés et quelle est la zone de production? Autant de questionnements, auxquels, il va falloir trouver rapidement des réponses pour stopper une bonne fois pour toutes la propagation du choléra dans le centre du pays et ailleurs. En attendant d'établir la vérité sur cette affaire, les spécialistes recommandent l'observance de mesures d'hygiènes basiques, mais très importantes, pour éviter la propagation de la maladie. Ce qui est arrivé à Blida, Alger, Tipasa et Bouira n'en constitue pas moins une véritable alerte à l'adresse de la société algérienne. Bien que des épisodes d'épidémie de choléra se soient déjà produits en 1982 et 1996, alertant le dispositif de santé publique, le retour de cette maladie qu'on croyait éradiquée, est un sérieux test quant à l'efficacité du système de santé national. La déclaration de l'épidémie par le ministère de la Santé est en soi un acte responsable des pouvoirs publics et «politiquement courageux» comme le souligne un responsable du département de Mokhtar Hasbellaoui. L'Algérie a fait le choix de la transparence, malgré le caractère circonscrit de l'épidémie. C'est en tout cas, le discours des autorités sanitaires, lesquelles, faut-il le souligner, ne sont pas comptables de l'émergence d'une maladie à transmission hydrique, mais de la gestion de l'épidémie en elle-même. Ce qu'il y a lieu de souligner à ce propos, c'est d'abord la réaction des instances sanitaires, le déploiement du dispositif et le lancement rapide de l'enquête épidémiologique. Moins de 24 heures après le décès du malade de Boufarik, l'analyse engagée par l'Institut Pasteur est parvenue aux structures habilitées et même rendue publique, quasi instantanément. La communication rapide et visiblement efficace du ministère de la Santé a tordu le cou aux rumeurs, de sorte à ce que les «mauvaises langues» se soient contentées de «dénigrer» les services de santé, sans exagérer l'ampleur de l'épidémie. Les pouvoirs publics ont-ils raison ou tort de jouer la transparence, au risque de créer une polémique autour d'une épidémie qualifiée de maladie du sous-développement? En tout cas, ce choix assumé, puisqu'on parle déjà de la fin d'une épidémie qui n'en est pas vraiment une, sachant que de nombreux malades ont commencé à quitter les hôpitaux, après s'être définitivement rétablis. L'Algérie aurait pu éviter de faire les frais d'une «mauvaise publicité» et mettre la poussière sous le tapis comme le font d'ailleurs des pays, confrontés à pareilles «petites épidémies». Les pays voisins, comme le Maroc, la Tunisie et l'Egypte connaissent des épisodes comparables à celui de Boufarik, mais préfèrent les étouffer dans le but d'éviter des conséquences néfastes sur leurs industries touristiques. Le choléra, tel qu'il s'est manifesté ces deux derniers jours au centre du pays, arrive régulièrement en Afrique du Nord en raison de la chaleur et d'une ruralité confrontée à des problèmes d'approvisionnement en eau d'irrigation, notamment. Cela dit, dans cette affaire, il est un fait qu'on ne peut pas occulter. Il s'agit de la problématique de l'hygiène qui se pose avec acuité aux quatre coins du pays. Cette épidémie, aussi insignifiante soit-elle, traduit le peu de cas que font les Algériens de la propreté de l'environnement dans lequel ils évoluent. Le comportement incivique de certains citoyens, l'incapacité chronique des communes à gérer convenablement l'enlèvement des ordures et le silence «coupable» de nombreux walis de la République, qui ne prennent aucune mesure digne de ce nom en faveur de la propreté des territoires dont ils ont la charge, mettent la population face à un danger permanent de propagation d'autres épidémies, autrement plus meurtrières. En fait, si ce qui est arrivé à Boufarik relève de la «normalité» dans un pays chaud, le risque d'une véritable contamination à large échelle ou tout simplement la résurgence d'une maladie aujourd'hui éradiquée en Algérie n'est pas nul, loin de là. L'Algérien et l'administration, favorisent par leurs comportements, le retour des maladies de la pauvreté. Non pas que le niveau de vie de la société se soit effondré, mais le sens de l'hygiène et du civisme est devenu très rare. L'affaire de Boufarik doit être considérée comme une alerte.