Le ministre israélien des Affaires étrangères, Yaïr Lapid, a affirmé dans un entretien accordé au quotien français Le Monde que le Maroc a bel et bien acheté le logiciel Pegasus. C'est là une révélation de taille qui vient confondre le Makhzen qui, lors de l'éclatement du scandale des écoutes, a renvoyé la balle à l'entreprise israélienne (NSO) qui a développé le logiciel d'espionnage. Arguant que le téléphone du roi du Maroc lui-même avait été piraté, Rabat a tenté de charger NSO. La déclaration du chef de la diplomatie israélienne détruit purement et simplement la stratégie de défense marocaine. Il met ainsi en accusation les services de renseignement du Makhzen d'être à l'origine du piratage de très nom-breux téléphones, dont quelque 6 000 personnalités politiques et médiatiques algériennes et françaises. Il sera difficile au roi Mohammed VI, après cette grave révélation, d'adopter la posture de la victime dans ce scandale. à moins que ses ser-vices de renseignements aient acheté le logiciel, sans que le Palais n'en soit informé. Il devient donc clair que la thèse d'une opération d'espionnage strictement israélienne qui aurait concerné l'Algérie et la France est caduque. Le ministre israélien des Affaires étrangères fait cette déclaration, aux conséquences gravissimes pour la crédibilité du Maroc, non seulement pour innocenter son pays d'accusations d'espionnage dirigées contre lui par des médias français, notamment mais pour jeter la patate chaude au Maroc, Yaïr Lapid ne commet pas moins une erreur capitale, puisqu'il reconnaît clairement l'implication d'Israël dans la vaste opération d'espionnage marocaine. En effet, on voit très mal NSO vendre son logiciel à un Etat étranger, en se passant de l'accord du gouvernement israélien. Lapid s'appuie sur le statut privé de l'entreprise israélienne pour s'en laver les mains, mais personne n'est dupe. Tout le monde sait que ce genre d'activités sensibles n'échappe jamais au contrôle de Tel Aviv. C'est dire que l'opération a bel et bien été montée par Rabat avec l'autorisation de l'Etat sioniste qui a facilité l'acquisition du logiciel Pegasus. Le deal était sans doute le partage de renseignement. Des milliers d'écoutes effectuées par Pagasus sont certainement stockées au Maroc et en Israël. Cette «combine» n'était pas destinée à sortir au grand jour. Sauf qu'à l'éclatement du scandale et les nombreuses personnalités françaises espionnées, les deux associés ont joué chacun pour sa chapelle. La stratégie de victime adoptée par le Maroc mettait Israël en porte- à- faux face à la France, dont le téléphone du président Macron a été infecté. La réponse d'Israël est donc venue démolir la thèse marocaine. Yaïr Lapid innocente son pays et laisse le Maroc face à ses dénonciateurs. La sortie du ministre israélien est une très importante pièce ajoutée au dossier d'accusation monté par des personnalités françaises contre le Maroc. Rappelons que ce scandale a éclaté, suite aux révélations du réseau Forbidden Stories (Histoires interdites) et l'ONG Amnesty International. Ledit réseau a rendu publics quelque 50 000 numéros de téléphone sélectionnés par les clients de la société israélienne NSO depuis 2016 pour une surveillance potentielle. Une vaste enquête lancée par plusieurs organes de presse a établi que de nom-breux journalistes et patrons de médias français figurent sur la liste des cibles de Pegasus. De grandes rédactions, à l'image de celles du quotidien Le Monde, du Canard enchaîné, du Figaro, du site d'information Mediapart ou encore de l'Agence France-Presse et de France Télévisions ont été espionnées. Dans le lot des personnalités dont les téléphones ont été piratés, les enquêteurs ont identifié au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits humains ou encore 65 chefs d'entreprise. Beaucoup d'Algériens figuraient sur la liste de Pegasus.