Le président tunisien, Kaïs Saïed, a fermement insisté mercredi sur la souveraineté de la décision nationale de son pays en manifestant son refus catégorique à toute ingérence étrangère dans les affaires internes de la Tunisie en réponse à des réactions émanant de certains pays occidentaux partenaires de la Tunisie concernant sa décision de dissoudre le Conseil supérieur de la magistrature (CSM).»Pas question d'accepter toute classification de la Tunisie qui fait de notre pays un bon élève obligé à appliquer les conditions dictées», a précisé Saïed dans une vidéo, diffusée dans la soirée de mercredi par la présidence tunisienne à l'issue de sa réunion avec Othman Jarandi, le ministre des Affaires étrangères. Et d'appuyer: «les pays étrangers seront également, dans l'obligation de faire très attention à leurs réactions par rapport aux affaires de la Tunisie (...) notre objectif principal est de mettre en place un Etat de droit, d'autant plus que la Tunisie est un pays souverain qui respecte les accords et les conventions internationales». En réponse à plusieurs réactions de pays occidentaux et organisations mondiales, le président Saïed n'a pas mâché ses mots pour s'interroger quant au «silence» de certains pays face à la disparition des bon nombre de fonds accordés à la Tunisie.»Ils (faisant allusion aux pays et organisations mondiales ayant réagi à sa décision de dissoudre le CSM) sont au courant de tous les défaillances et les dépassements ainsi que les assassinats perpétrés en Tunisie, mais cela n'était, apparemment, pas source d'inquiétude pour eux». Le ministère des Affaires étrangères a annoncé mardi que le ministre Othman Jarandi avait reçu les ambassadeurs accrédités en Tunisie des pays du G7 en plus de la représentante du bureau du Haut-commissariat des Nations-Unies aux droits de l'Homme. Au cours de la rencontre, des explications ont été données sur les motifs selon lesquels le président tunisien Kaïs Saïed avait pris sa décision de dissoudre le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Par ailleurs, le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé jeudi la tenue d'une mission «en mode virtuel» en Tunisie du 14 au 22 février pour poursuivre les discussions avec les autorités tunisiennes, qui ont demandé une aide de l'institution de Washington.»Au cours des derniers mois, les services du FMI et les autorités tunisiennes ont eu des discussions techniques axées sur les défis économiques immédiats, les priorités du pays et les réformes à mettre en oeuvre pour sortir le pays de la crise», a rappelé Gerry Rice, le porte-parole du FMI, au cours d'une conférence de presse. Ces discussions sont toujours «en cours, avec en ligne de mire un nouveau programme de financement», a-t-il précisé. «Cela nous amène donc à la mission» programmée «à partir de la semaine prochaine», a poursuivi Gerry Rice, laissant entendre que les deux parties pourraient entrer dans le vif des discussions.»Nous communiquerons à la fin de cette mission comme d'habitude», a-t-il également ajouté. Le FMI avait reçu en novembre une demande de la Tunisie pour un nouveau programme de prêt, peu après la formation du gouvernement de Najla Bouden. Le 25 juillet, le président Kais Saied s'était arrogé les pleins pouvoirs. La Tunisie, confrontée à une instabilité politique chronique, s'était enfoncée dans une grave crise en 2020, conséquence de la pandémie de Covid-19 qui a exacerbé les déséquilibres préexistants, comme une fonction publique disproportionnée, des déficits budgétaires et une dette publique importants. Après une contraction de près de 9% du PIB en 2020, la Tunisie a enregistré une croissance d'un peu plus 3% en 2021 et la reprise devrait se poursuivre au même rythme cette année. Les autorités tunisiennes se disent optimistes sur la possibilité d'un accord du FMI avant la fin du premier trimestre 2022. Mais le FMI conditionne son aide à d'importantes réformes économiques et structurelles.