Le dénouement de la crise de Kabylie, qui bouclera un an le 20 avril prochain et l'organisation des législatives dans cette région se décideront durant les quelques heures de la rencontre entre le Président de la République et ses invités de la Soummam et du Djurdjura. Les services de la présidence ont invité les délégués des ârchs de Kabylie à une rencontre qui aura lieu aujourd'hui au Club des Pins. L'invitation, précise-t-on, a été adressée nommément à toutes les coordinations, toutes tendances confondues. Prendront part à cette réunion avec le chef de l'Etat, selon la même source, des figures politiques, des sénateurs, des députés et, bien entendu, les représentants du gouvernement. Outre les dialoguistes, le Comité populaire de Béjaïa a répondu favorablement à l'invitation du premier magistrat du pays. La première finalité de ce rendez-vous tant attendu selon l'avis même des dialoguistes est la mise en application de la plate-forme d'El-Kseur scellée et non négociable. Une plate-forme qui contient 15 revendications parmi lesquelles figurent le départ de la gendarmerie et l'officialisation de la langue amazighe. Quand bien même cette dernière exigence est recevable, il demeure, selon des observateurs, que la première est considérée par les autorités comme «inapplicable». Cette impression a été d'ailleurs exprimée par le ministre de l'Intérieur qui affirmait que les gendarmes ne partiront pas de Kabylie. C'est exactement sur cette question, s'il n'y en a pas d'autres, que tout se jouera. Ce défi a été rendu encore plus stressant qu'il intervient à 70 jours des élections législatives. En somme, le dénouement de la crise de Kabylie, qui bouclera un an le 20 avril prochain et l'organisation des législatives dans cette région se décideront durant les quelques heures de la rencontre entre le Président de la République et ses invités de la Soummam et du Djurdjura. Ce qui signifie que la réussite de ce dernier épisode du dialogue, mais également son éventuel échec, impliquera aussi bien les ârchs, le pouvoir que la classe politique dans sa globalité. Les conséquences de la rencontre d'aujourd'hui, positives ou négatives, auront des répercussions pas uniquement sur ce qu'il adviendra du mouvement citoyen en Kabylie, mais aussi sur le paysage politique algérien à moyen terme. En un mot, comme en mille, la rencontre entre le chef de l'Etat et les ârchs a d'ores déjà toutes les caractéristiques de l'ultime chance. Avant-hier, Ali Gherbi n'a pas exclu de participer à cette rencontre avec le Président de la République, qu'il subordonne «à l'acceptation pleine et entière par le premier magistrat du pays de tous les points contenus dans la plate-forme d'El-Kseur». Une revendication que le nouveau porte-parole des dialoguistes assume pleinement. Ce dernier est allé même jusqu'à dire qu'il entretient un grand espoir que le chef de l'Etat accepte les 15 revendications dans leur totalité. L'espoir de Aïssa Arab ne provient pas uniquement de la reconnaissance du Président de «la légitimité des revendications», mais surtout, dira-t-il «j'ai des contacts avec la présidence dont je garde secret la teneur». La deuxième condition que pose Gherbi est «La dénonciation et l'expulsion des faux délégués». Dans ce même esprit, Aïssa Arab, qui est aussi le père d'une victime des événements de Kabylie, a déclaré le même jour: «Notre unique et seul but est d'oeuvrer à la concrétisation de la plate-forme d'El-Kseur». Tout en assurant qu'«il n y a aucune différence entre les dialoguistes et les représentants des ârchs et coordination de Kabylie». Le conférencier a déclaré que les quelque 300 dialoguistes qui ont participé au dialogue avec le gouvernement «sont presque certains que leur combat aboutira». S'agissant enfin de la troisième condition qu'a posée M.Gherbi, et qui a trait à «l'arrêt de toutes les poursuites judiciaires ...», il faut reconnaître que le groupe que représente Aïssa Arab est allé par moments plus loin. En somme, et depuis l'exclusion de Salim Allilouche, les violons des délégués des ârchs et les dialoguistes n'ont pas cessé de s'accorder, notamment par rapport aux prises de position des uns et des autres. Adoptant un discours entièrement lisse et de velours par rapport à la Cadc, C ICB, comité populaire de Béjaïa et la coordination de Bouira, le porte-parole des dialoguistes a déclaré que «les délégués des ârchs sont nos frères... nous avons le même combat... l'unique divergence est peut-être dans la méthode». Les yeux seront aujourd'hui braqués sur le Président de la République auquel les délégués des ârchs demandent une seule et unique chose: «L'acceptation de la plate-forme d'El-Kseur».