Par le dialogue interreligieux, l'écoute de l'autre, les croyants feront face à l'épreuve de l'existence. Digne héritier de Monseigneur Duval qui s'est engagé aux côtés du peuple algérien durant la lutte pour l'indépendance, Mgr Henri Teissier, né en 1929 à Lyon, ordonné prêtre pour le diocèse d'Alger en 1955, en 1972, nommé évêque d'Oran, puis coadjuteur du cardinal, et archevêque d'Alger depuis 1988, représente la figure de ces prêtres catholiques loyaux et qui ne s'enflent pas d'orgueil comme dit le Coran. Ce lundi 26 mai, il va recevoir le ruban de Chevalier de la Légion d'honneur. Inlassablement, il oeuvre pour le «vivre ensemble», la paix et l'amitié islamo-chrétienne. Passeur entre les deux rives, il fut président de la Conférence des évêques de la région Nord de l'Afrique de 1982 à 2004 et chercheur actif dans plusieurs espaces et structures qui pratiquent le dialogue interreligieux. Je l'ai connu en présence de Cheikh Ahmed Hamani, à l'époque, président du Conseil supérieur islamique, à Cordoue en 1974, à l'occasion d'un colloque international islamo-chrétien. A cette occasion, il est important de rappeler que sur intervention personnelle de Mgr Tessier auprès de l'évêque de Cordoue, notre groupe de participants musulmans avait été autorisé, à titre exceptionnel, à célébrer la prière du vendredi au sein de la célèbre Mosquée de Cordoue. Un événement unique, inoubliable. Depuis, notre amitié n'a pas cessé de s'affermir, malgré tant d'épreuves. Durant les temps sombres, il est resté en Algérie, solidaire du peuple algérien. Il a toujours proclamé que «l'un des motifs déterminants de notre présence en Algérie, c'est la possibilité de vivre une relation humaine et spirituelle avec des partenaires musulmans. A travers nos rencontres, c'est, pensons-nous, l'Eglise et le monde musulman qui communiquent, et parfois même, qui communient au nom de Dieu». Il mérite aujourd'hui, de son vivant et en exercice, un hommage. Enrichissement mutuel Le poids de l'histoire, les interférences politiques et la question de la différence plus que celle des convergences pèsent lourdement sur les imaginaires des musulmans et des chrétiens, l'oeuvre de ceux qui travaillent au rapprochement doit être consolidée. Les musulmans, les chrétiens, et les hommes et femmes de bonne volonté de tous les horizons, sont appelés, avec bonté et vigilance, à, non seulement surmonter les crises, l'épreuve de la différence, mais à les transformer en enrichissement mutuel. Dépassant des réticences et des craintes, depuis longtemps, la plupart, avec courage et patience, font preuve de générosité. Avancer sur les chemins de la fraternité au milieu de signes contradictoires est un bon mot d'ordre. Parmi ces signes contradictoires se situe la question du prosélytisme en Algérie: le respect de la vérité oblige à dire que c'est un épiphénomène, que certains veulent monter en épingle et qui ne concerne que quelques centaines de personnes, souvent fragiles et désorientées. Les affaires pendantes que la presse relate sont incompréhensibles et bien regrettables. On a la triste impression que la méthode pour faire face à cette question est inappropriée et tout à fait exagérée. 132 ans de nuit coloniale n'ont pas changé les convictions du peuple algérien. Certes, la vigilance et des règles de droit précises, comme pour tout pays, doivent être établies et interprétées avec raison, pour contrôler et empêcher l'activisme de «sectes», les dépassements et les actions de portée plus politique que religieuse, mais le discernement s'impose. Si, par exemple, les faits s'avèrent exacts au sujet des propos qu'aurait tenus un juge, dans une de ses récentes affaires, en affirmant qu'il faut «choisir entre la prison ou la mosquée», ce serait un manquement grave à la déontologie judiciaire, une contradiction aux préceptes du Coran et de la Sunna, à la tradition tolérante, à l'image et à l'intérêt de l'Algérie. Le Pape Benoît XVI a accepté la démission de Mgr. Henri Teissier, en conformité au Canon 401-1 du Code de Droit canonique et nommé le Père Ghaleb Moussa Abdallah Bader du Patriarcat Latin de Jérusalem, archevêque métropolitain d´Alger. C´est ce que nous avons appris hier en début de soirée.