Les films Le Voyage d'Alger de l'Algérien, Abdelkrim Bahloul, et Le sel de la mer de la Palestinienne, Anne-Marie Jasser, ont ouvert vendredi la compétition dans la catégorie long métrage. La première journée du Festival international du film arabe d'Oran a commencé vendredi matin sur des chapeaux de roue avec la projection de deux courts métrages et demi, vu que le troisième s'est arrêté pour des problèmes techniques. L'après-midi a été marqué par la projection en avant-première du film Le Voyage d'Alger d'Abdelkrim Balhoul. Une histoire véridique d'une veuve martyre campée par Samia Meziane assez convaincante dans le rôle de cette mère courage qui brave tous les dangers par amour pour ses enfants et par foi en son pays. Expropriée de sa maison par un des chefs de la ville de Saïda et après avoir perdu l'espoir de regagner son bien par le biais des autorités locales, elle décide d'aller avec ses enfants à la capitale pour rencontrer le président de la République Benbella. Elle rencontrera le ministre de la Défense de l'époque, Houari Boumediene qui lui assure de retrouver ses droits grâce à une intervention directe du président. Le film dénonce la veulerie émanant des gens censés incarner la justice et le silence complice des autorités dans cette escroquerie. Le Voyage d'Alger devait être programmé dans le cadre de la manifestation «Alger capitale de la culture arabe 2007», mais a du être retardé pour des raisons de tournage et de financement. Il a par ailleurs coûté neuf milliards de dinars et bénéficié d'un milliard de dinars de la part du ministère de la Culture. «Le cinéma est un transporteur de la réalité. Je raconte une histoire qui s'est passée en 1962. C'est mon regard d'adulte qui est posé. Il y a des choses qui renvoient à aujourd'hui. Je voulais aussi évoquer et contrer cette idée des bienfaits du colonialisme. Cette femme fait acte de citoyen. Elle crée l'Algérie en faisant confiance à ceux qui ont fait l'Algérie. Il faut dire la vérité à n'importe quel prix. Le garçon fait le deuil de son père au moment où sa mère vient à le remplacer par son courage et sa force de caractère.» Entre cette femme qui passe sur les crimes de son bandit et la réconciliation, il n'y a qu'un pas que d'aucuns ont franchi d'emblée. A cela, le producteur Bachir Derrais répond: «En 1962, la réconciliation se basait sur l'application de la justice du côté des pauvres. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Il faut qu'il y ait une justice pour tout les Algériens.» Et le réalisateur de souligner: «On ne peut exclure une partie de la société. On est obligé de pardonner pour partir à zéro. J'assume cela malgré les horreurs commises. Le pays appartient à tout le monde. Cette réconciliation, il faut qu'elle se fasse même si elle doit blesser». A propos du son abîmé du film, Bachir Derrais fera remarquer que la copie (0) est saine. «Il est scandaleux qu'on n'ait pas rénové le système de lecture de son. La salle est mal équipée. Il a fallu au moins deux heures pour obtenir ce résultat. Il faut pourtant se mettre au jour et penser à la formation...» Notons par ailleurs que la salle Saâda n'aurait plus accueilli de film depuis le festival de l'an dernier. Elle aurait tout bonnement été fermée et le matériel de son dolby haute définition retiré. deuxième film projeté est Le sel de la mer d'Anne- Marie Jasser. Soraya Tahani, né à Brooklyn de classe ouvrière de la communauté des réfugiés palestiniens, découvre que l'épargne de son grand-père a été bloquée dans un compte bancaire à jaffa lorsqu'il fut exilé en 1948. Déterminée à récupérer ce qui est sien, elle remplit sa vie du rêve du retour en Palestine, ce «rêve arabe» dont il est fait mention dans le film. Arrivée en Palestine elle se met martel en tête de récupérer cet argent. Elle rencontre un jeune homme qui rêve d'aller au Canada aspirant à une vie meilleure ailleurs et un autre qui un rêve de réaliser des films d'amours impossibles au lieu de ces reportages et incessantes images de guerres et de manifestations. Le temps d'un road movie surréaliste et les voilà embarqués dans un voyage au bout de leurs racines, déjouant les cartes préétablies par Israël et dépassant les chekpoints pour se retrouver à Douema, dont le film se veut un hommage aux gens tombés au champ d'honneur lors de son massacre. El Qods est filmée avec finesse palpable comme un touché interdit mais si délicieux au regard. Des images «saisissables» portés à l'écran à la dérobée puisque volées et filmées dira un des comédiens, sans permission. Le film jonché de symboles met à plat ce rêve arabe qui peint la peine et le désarroi de ces êtres dont il ne reste rien, sauf la vérité toute crue et la nécessité pour l'autre surtout de la reconnaître. Le film laisse deviner un grand malaise qui se perpétue une génération après une autre. La mer est désirée tout autant qu'elle est haïe, bannie et maudite car séparant les êtres et les peuples arabes. Ce désir est là dans le désir de retrouver la maison de ses ancêtres, de s'aimer et faire un enfant dans la paix et la liberté, enfin dans l'acquisition de ce visa, le passeport pour le paradis pour certains. Le sel de la mer a quelque chose de In land de Tariq Teguia non dans le choix esthétique ou de la narration mais est plutôt chargé de signes de vie malgré tout dans ce voyage d'espoir et de quête absolu de liberté. Car c'est l'histoire d'une rencontre presque insolite unis dans le seul but de s'entraider pour se retrouver et retrouver le chemin de la paix et la reconquête de son identité bafouée. Un film puissamment beau autant aussi bien violent par les malheurs que semblent porter sur leur dons ces murs de pierre qui pourraient bien dire des choses s'ils avait eu une âme. Une âme lourde de chagrin mais exhorté à vivre. A ces clandestins d'un jour, désorientés pour toujours, Imad et Tahani qui espèrent changer le cours de leur histoire...Car «la mer est devant soi et l'ennemi est derrière». L'issue est aussi de se battre et d'aller de l'avant car il n'existe pas d'autres voies salutaires comme dirait Majda Roumi. Silence balayé dans ces larges plans de paysages et dans ces regards qui en disent long..Le film porte en lui un souffle extraordinairement intime et éminemment poétique.