Traquée en France, l'ETA cherche désormais à s'implanter au Portugal où elle pourrait déjà disposer de plusieurs bases logistiques ou opérationnelles, estimaient hier les experts au lendemain de la découverte d'une demi-tonne d'explosifs dans une maison au nord de Lisbonne. «C'est une base opérationnelle et logistique de l'ETA qui a été découverte au Portugal», a affirmé Florencio Dominguez, spécialiste des questions basques et rédacteur en chef de l'agence de presse Vasco Press. «500 kilos d'explosifs, c'est plus que tout ce que l'ETA a utilisé en 2009» pour ses attentats, a-t-il souligné. Une demi-tonne d'explosifs en bidons, deux détonateurs mais aussi «cinq à dix engins prêts à l'emploi», dont des bombes ventouses: c'est par hasard que la police portugaise a découvert cet arsenal dans le garage d'une villa à Avarela, près d'Obidos (centre), et dans une fourgonnette abandonnée non loin. Pour José Manuel Anes, spécialiste portugais en questions de terrorisme et président de l'Observatoire de la sécurité (Oscot), «c'était clairement une base» de l'ETA et «il n'est pas exclu qu'il existe une ou plusieurs autres maisons de ce type au Portugal». Selon lui, «l'objectif actuellement de l'ETA est d'établir une base au Portugal parce qu'ils ne peuvent plus le faire en France ou en Espagne». L'an dernier, l'organisation séparatiste basque avait subi une série de coups durs en France où sa capacité logistique a été considérablement affaiblie, notamment après la découverte fin août de plus de 800 kilos d'explosifs entreposés dans 12 caches dans le sud de la France. Et l'hypothèse d'un repli de l'ETA vers le Portugal avait déjà été envisagée à plusieurs reprises ces derniers mois par les autorités espagnoles, mais à chaque fois démentie côté portugais. Pour Florencio Dominguez, l'ETA a choisi le Portugal «en partie parce qu'il devient difficile d'opérer en France», mais aussi «parce qu'ils ont cherché une stratégie de surprise, en s'installant au Portugal où on ne les attend pas».