En quelques jours, le ministre change de cap à propos de l'interdiction du hidjab dans les hôpitaux. Lors d'une visite effectuée, en début de semaine dans un hôpital de la wilaya de Blida, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Djamel Ould Abbès, a laissé entendre que le port du hidjab par les femmes médecins ou infirmières, sera interdit dans l'enceinte des établissements hospitaliers. Cette mesure fera l'objet d'une instruction qui sera envoyée aux établissements hospitaliers et répond à un impératif qui a trait à l'hygiène. Le hidjab porté par une femme qui travaille au sein d'un hôpital peut être un moyen de transmission de bactéries auxquelles la personne est exposée quand elle se trouve en dehors de l'enceinte hospitalière. Mais avant même l'officialisation de cette mesure, le ministre de la Santé a fait marche arrière. Ould Abbès a déclaré hier à la presse, en marge de sa visite effectuée à l'hôpital Mustapha-Bacha d'Alger, à l'occasion de l'inauguration du premier service d'immunologie en Algérie, qu'il ne s'agit pas d'une interdiction du hidjab. Il s'agit seulement d'imposer la couleur blanche. Le ministre explique que seule la couleur blanche est autorisée pour les femmes voilées, médecins ou infirmières. Donc, elles peuvent porter un hidjab de couleur blanche et l'affaire sera classée. Comme si l'habit blanc ne véhiculait pas de bactéries. En fait, cette affaire du hidjab en milieu hospitalier n'est pas nouvelle. Déjà en 1992, le problème a été sérieusement posé pour la première fois à l'hôpital Parnet. Mais, soulever pareille question au milieu des années où la montée de l'extrémisme radical était à son comble, était un pur suicide. Qu'est-ce qui a fait reculer alors les pouvoirs publics à chaque fois qu'ils touchent à une question liée aux concepts de l'Islam. L'on se rappelle encore du dossier relatif au passeport et à la carte d'identité biométriques. Une affaire qui a fait couler beaucoup d'encre et soulevé une grosse polémique. L'interdiction de la barbe et du voile pour la confection des photos à apposer sur les documents biométriques, une mesure que l'ex-ministre de l'Intérieur et des Collectivité locales, Noureddine Yazid Zerhouni, voulait imposer, a été tout simplement abandonnée par le gouvernement. Ce recul, faut-il le rappeler, est survenu à la suite de multiples réactions venues de différents courants de la mouvance islamique en Algérie. Le patron du MSP, Bouguerra Soltani, s'est dit «surpris» par les déclarations de certains responsables au sujet de la nécessité d'ôter le voile et de se raser la barbe pour se faire délivrer le passeport et la carte d'identité biométriques. «(...) Il y a nécessité de respecter la religion musulmane, (...)», avait affirmé Bouguerra Soltani. Le Haut Conseil islamique (HCI), et plusieurs associations et organisations islamiques avaient également critiqué cette disposition. Ainsi, le département de l'intérieur s'est vu forcé de renoncer aux mesures pour satisfaire une certaine tranche de la société qui ne défend en réalité que des pratiques et procédés purement étrangers à la société algérienne. Par ses déclarations faites hier, Djamel Ould Abbès vient de marquer un énième recul du gouvernement face à la pensée islamiste. C'est un véritable coupe-feu avant la polémique. C'est dire que même s'il s'agit d'une question de santé publique, les concessions ne sont toujours pas à écarter.