Issad Rebrab, patron attitré de Cevital, principal groupe importateur et producteur de sucre et d'huile en Algérie, estime qu'il était de bon aloi de laisser libres les marges bénéficiaires du sucre et de l'huile, estimant que seules l'offre et la demande devraient définir les prix de ces produits de première nécessité. La position adoptée par ce patron ne semble pas avoir changé suite aux dernières rencontres ayant réuni les principaux opérateurs et les représentants du gouvernement. Hier encore, un responsable du ministère a indiqué que les marges bénéficiaires du sucre et des huiles alimentaires seront bientôt rendues publiques par le gouvernement. Ces dernières ont été fixées en concertation avec les opérateurs, qui «ont affiché leur satisfaction à l'exception d'un seul», indique Aissa Zelmati, secrétaire général du département de Benbada. En effet, les opérateurs économiques ayant participé aux quatre Conseils interministériels (CIM) consacrés à l'élaboration du décret fixant le plafonnement des prix et les marges bénéficiaires du sucre et des huiles alimentaires ont manifesté un «consensus» autour de ces marges, qui seront communiquées dans quelques jours. Même si le patron de Cevital fait de la résistance, cela n'empêche pas Aïssa Zelmati d'assurer que «les marges bénéficiaires ne sont qu'un détail de ce décret dont la publication au Journal officiel est imminente». Il ajoute qu'elles «ont été fixées en concertation avec les opérateurs», qui «ont affiché leur satisfaction à l'exception d'un seul». Aissa Zelmati n'a pas révélé davantage de détails sur le contenu du décret, actuellement au niveau du gouvernement. Il a néanmoins, rappelé que les dispositions y afférentes ne sont qu'une application des lois de la République sur la concurrence et sur les pratiques commerciales, adoptées l'année dernière, et que «toute opposition à ces mesures était, par conséquent, une opposition à la loi». L'on ne peut être plus clair sur les visées ultralibérales du patron du groupe agroalimentaire en Algérie, Rebrab qui se met finalement et de plus belle en porte-à-faux avec la loi algérienne régissant la commercialisation des deux denrées de base. Il faut cependant savoir que le Président Abdelaziz Bouteflika avait récemment instruit le gouvernement d'approfondir la concertation, avec toutes les parties concernées, autour des dossiers socio-économiques. Dans l'attente, le décret qui fixe les modalités de compensation des opérateurs pour le manque à gagner que peut engendrer le plafonnement et la fixation des marges bénéficiaires, prévoit la création d'un «comité d'évaluation du différentiel», selon M.Zelmati. «Si un opérateur importe tant de tonnes de matières premières destinées à la production des huiles, il doit démontrer la quantité des huiles alimentaires effectivement produites à partir de ses importations afin qu'il puisse être remboursé après évaluation faite par le comité», a-t-il expliqué. M.Zelmati ajoutera que ce remboursement ne peut avoir lieu qu'au cas où les prix de ces matières affichaient une hausse sur les marchés internationaux. Rappelons qu'en janvier dernier, le gouvernement a décidé de juguler les prix du sucre et de l'huile de table après les hausses spéculatives qu'ils avaient connues, provoquant de violentes émeutes sociales. Il a été ainsi décidé de plafonner ces prix à 90 DA pour le kg de sucre et à 600 DA pour les cinq litres d'huile et de «suspendre», jusqu'à fin août 2011, l'application des tarifs douaniers (5%), de l'IBS (19% pour la production et 25% pour la distribution) et de la TVA (17%) sur les importations ou la production des sucres roux et blanc et des matières premières des huiles alimentaires. La «régularisation» de ces mesures sera prise en charge par la loi de finances complémentaire 2011. Après l'expiration de la date butoir du 31 août, le gouvernement aura à choisir entre le maintien des mêmes exonérations, au cas où les prix mondiaux de ces produits continueront leur hausse, ou le retour aux taxes précédentes en maintenant, en revanche, la possibilité d'intervention de l'Etat pour compenser les opérateurs.