La communauté musulmane de France est victime d'une recrudescence de l'islamophobie depuis les attentats du 11 septembre. Malgré la montée au créneau de figures de proue de l'Islam dans l'Hexagone dont le très médiatisé Soheib Ben Cheik, grand muphti, il entend adopter un Islam authentique au monde moderne, combattre l'islamophobie et simultanément, le sentiment de rejet, de frustration et d'enfermement dont souffrent les musulmans de France, pour défendre l'image d'une religion de tolérance et de laïcité. La récurrente intolérance est inquiétante. La peur s'installe et les musulmans attendent que l'orage passe. Le fragile mythe de la France, terre d'ouverture et de tolérance va-t-il résister? La poussée antimusulmane alimentée par les événements du 11 septembre, touche, bien entendu les immigrés qui sont souvent associés au coup qui vient d'ébranler l'Amérique. D'autant que quelques intellectuels et experts invités en boucle des plateaux de télévision, cherchent à persuader les Français que le Coran recèle les sources de maux et d'extrémismes divers. Et ce, bien que les plus hautes instances de l'Islam, aient condamné les attentats et même d'influents Oulémas comme le cheikh Youssouf Al Qardawi proche des milieux dits islamistes. C'est que, dans leurs fourbes machinations, les adeptes des raccourcis de l'analyse font porter le chapeau à cette sorte de cinquième colonne: Les immigrés et autres étrangers sur la terre de De Gaulle. Ainsi et faisant passer l'Islam pour la principale menace, que de subterfuges sont invoqués pour entraver la liberté du culte. Certains maires en France se croient tout permis dès lors qu'ils se trouvent confrontés dans leurs villes à «la gestion» de la communauté musulmane. Au mépris des principes élémentaires de laïcité qu'ils revendiquent pourtant haut et fort. Ces maires s'ingèrent dans les affaires musulmanes locales en important des interlocuteurs musulmans peu représentatifs du reste de la communauté. Cette politique de promotion du «beni-oui-oui» n'est pas sans rappeler celle qui avait cours au «temps des colonies». Les lieux de culte, particulièrement, font les frais de cette attitude prudente des mairies. Dans la plupart des cas, les délibérations du conseil municipal ne mentionnent pas de lieu de culte, encore moins de mosquée, mais, qu'innocente celle polyvalente, à caractère associatif. Quand ce n'est pas un garage ou autre sous-sol. Cela est indigne pour la deuxième religion de France. Ces conditions extrêmes d'exercice du culte musulman dans la ville française et ce choix obstiné de construire des «salles de prière» qui servent de mosquée, dénotent d'une volonté de contrôler la communauté et d'être tranquille. Idem pour les imams qui sont souvent désignés. L'on déplore évidemment cette forme d'ingérence mais aussi du manque de respect envers les musulmans, puisqu'il s'agit essentiellement des musulmans, car le maire ne nomme pas les évêques ni les moines bouddhistes ni les pasteurs ni les rabbins. Même si la construction d'une salle de prière est prise dans les fonds publics, il est habituellement refusé aux musulmans de construire eux-mêmes leur mosquée. C'est le maire lui-même, qui décide sur ce qui doit être qualifié comme une véritable mosquée et de l'importance ou non du minaret: «Faire des mosquées à l'usage du pays», oblige! Ce sont là quelques exemples du contrôle qu'exerce la municipalité sur la communauté musulmane. Or les enjeux sont de taille. En dehors de la gestion des lieux de culte, qui deviendra l'interlocuteur des musulmans auprès des autorités? Pourtant, ce dernier scrutin où la majorité présidentielle de droite a failli laisser des plumes face au péril de l'extrême droite, il a été constaté que le vote musulman était de plus en plus important et qu'il pouvait faire basculer une élection.