Non, ce n´est pas une blague. L´information est rapportée par l´APS. «Les travaux de réhabilitation du marché de fruits et légumes de la ville de Médéa viennent d´être lancés», précise la dépêche de l´agence. On a beau se gratter la tête dans tous les sens, impossible de trouver le sens giratoire qu´emprunte le raisonnement des «autorités de la ville». Il faut réfléchir comment, pour décider de mettre sens dessus dessous un marché à deux ou trois jours du mois de Ramadhan. Suivons leur raisonnement! «Pour éviter d´éventuels désagréments aux ménages, notamment à la veille du mois sacré de Ramadhan, les services de la commune ont opté pour l´exécution graduelle des travaux.» Ben voilà, il fallait juste y penser! Mieux encore «un point de vente provisoire a été aménagé à la sortie ouest de la ville» pour remplacer le marché livré aux travaux. Qu´est-ce qu´ils peuvent être géniaux ces responsables de la ville de Médéa! Ils ont pensé à tout. Ils ont pensé aux «désagréments» dont ils ne sont pas sûrs, mais par prudence ils admettent leur éventualité. Conscients de l´importance d´un marché pendant le Ramadhan, ils ont même pensé à «des travaux graduels», mais pas seulement. Ils y ont ajouté un point de vente «provisoire». Quand on vous dit qu´ils ont pensé à tout. Absolument à tout pour rendre heureux les 140 000 habitants de la ville. Il faut les décorer ces responsables, car il n´est pas donné à tout le monde d´être aussi génial. De réfléchir aussi juste. Tellement juste que le marché qui attendait depuis un siècle sa rénovation va enfin être «lifté» maintenant. Tout de suite. Pas une minute à perdre. Faire démarrer les travaux après le mois de Ramadhan? Pensez donc, un mois c´est trop long! Même après un siècle d´attente. Même si ce chantier a été «maintes fois retardé pour diverses raisons», comme ils disent sans autre précision sur ces «diverses raisons». Il était donc inadmissible de le retarder encore une fois. C´est maintenant et tout de suite, ont-ils décidé! Ramadhan ou pas. Alors on se gratte encore un peu la tête pour imaginer les «désagréments» des citoyens de Médéa privés de leur marché habituel. Là, c´est à la portée de nos capacités mentales et on en trouve... «à la pelle», histoire de rester dans l´ambiance du chantier. On voit mal, par exemple, un complexe touristique qui fermerait «pour travaux» à la veille des grandes vacances. On le voit mal installer des tentes alentour pour «éviter des désagréments» à ses clients. On voit mal un marchand de crème glacée qui décide de rénover son salon la veille de l´été. On voit tellement mal qu´on en arrive à douter de la vitalité de nos neurones. Alors de grâce, messieurs les responsables de la ville de Médéa, éclairez-nous! Y a sûrement des choses que vous voyez et qui nous échappent. Merci de nous instruire! Non, ce n´est pas une blague! Vraiment pas!