La grève générale s'éternise au Venezuela, bloquant la production et l'exportation de pétrole. Ajoutée aux bruits de bottes en Irak et à l'échange de propos hargneux entre la Corée du Nord et les Etats-Unis à propos de l'arme nucléaire, cette situation au Venezuela est venue quelque peu compliquer les choses. Contesté par des milieux de plus en plus larges, notamment par les travailleurs du secteur pétrolier, mais aussi par les entrepreneurs et une bonne partie des médias privés, le président Hugo Chavez est sommé, par les Etats-Unis, d'organiser des élections législatives anticipées. L'armée, pour l'instant, reste dans l'expectative, se refusant à voir se rééditer le coup d'Etat lamentable qui a affaibli, il y a quelques mois, le pouvoir du président Hugo Chavez. Sur la scène internationale, les crises ne viennent pas toujours d'où on les attend. Alors que les feux de l'actualité étaient braqués sur les préparatifs de guerre en Irak, sur fond de reprise des travaux des inspecteurs de l'ONU, c'est finalement d'Amérique latine que sont venus les signes d'un malaise larvé, mais néanmoins généralisé. L'instabilité en Argentine et l'arrivée impromptue d'un président de gauche au Brésil sont l'indice que le feu couve en Amérique du Sud, et que le bout du tunnel est encore loin. Le Venezuela réunit, à lui seul, toutes les caractéristiques d'une crise profonde, et les observateurs n'hésitent pas à dire que sa situation rappelle celle du Chili au début des années 70, à la veille du coup d'Etat perpétré par le général Pinochet contre le président Salvador Allende. Les mesures prises par les responsables de l'Opep en vue de garantir les approvisionnements en pétrole et la stabilité des prix en cas de conflit dans le Golfe sont ainsi remises en cause par un conflit social vénézuélien qui n'était pas prévu dans le scénario, même si des pays comme l'Arabie Saoudite et la Russie sont susceptibles, à tout moment, d'inonder le marché. De nombreux pays, membres de l'Opep, dont l'Algérie, avaient déjà demandé l'autorisation de relever le niveau de la production, mais pour des raisons qui n'avaient rien à voir avec la géopolitique; il s'agissait plutôt, notamment pour l'Algérie, de rentabiliser des investissements lourds qui avaient été consentis par Sonatrach, seule ou en partenariat avec des compagnies étrangères. L'opposition au président Hugo Chavez compte organiser une retraite aux flambeaux et tout indique que pour les fêtes de fin d'année c'est l'incertitude qui va caractériser le quotidien des Vénézuéliens, les deux parties en conflit campant fermement sur leur position. En outre, malgré l'annonce d'un accord au Conseil de sécurité de l'ONU, à propos du programme «Pétrole contre nourriture», les pressions exercées par les Etats-Unis, sur l'Irak restent très vives. Bush continue d'envoyer des troupes dans la région du Golfe et ces informations ne sont pas sans impact sur le prix du baril.