Entre le prix de vente du litre de lait de vache, variant entre 31 à 34 DA, et son prix de revient, évalué à 73,46 DA, le producteur débourse de sa poche au moins 40 DA pour chaque litre de lait produit. C'est ce qui a été relevé dans une étude présentée par les producteurs qui disent être coincés entre le diktat des transformateurs de lait qui œuvrent pour le maintien des prix faibles et l'insuffisance des subventions de l'Etat qui ne cesse pourtant de réaffirmer sa volonté de relancer le secteur agricole. Lors d'une assemblée générale tenue, au nom de l'association des éleveurs producteurs de lait, à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, toutes les interventions des membres présents, qui étaient, faut-il le souligner, plus d'une centaine, ont été axées sur la nécessité d'une révision à la hausse du prix de vente du lait de vache pour atteindre, sinon se rapprocher de son prix réel de 73 DA le litre et aussi des subventions de l'Etat qui ne sont actuellement que de l'ordre de 7 DA pour chaque litre de lait produit. “Les charges d'une seule vache laitière par année avoisinent les 40 millions de centimes alors que son chiffre d'affaires ne dépasse pas les 20 millions de centimes. L'éleveur enregistre donc une perte annuelle de près de 20 millions par tête chaque année”, est-il indiqué dans cette étude dont des copies ont été remises au gouvernement et au ministère en charge du secteur. Une étude à travers laquelle les producteurs, qui estiment que “la filière lait est plus que jamais menacée”, lancent un appel de détresse aux autorités nationales afin de prendre les mesures adéquates. “Nous sommes complètement paralysés par cette situation et abandonnés par l'Etat qui ne cessent pourtant de parler de plans, théoriquement efficace de relance du secteur agricole”, dira le président de l'association avant d'expliquer que pourtant des solutions existent. “Avec un prix de vente variant entre 40 à 50 DA et une subvention de l'Etat de 25 DA comme pratiquée pour le lait en poudre utilisé par les transformateurs de lait, la filière pourra être sauvée”, dira-t-il non sans ajouter que d'autres mesures doivent encore être prises si l'Etat veut que la production de lait soit augmentée. “Elle est actuellement de 10 litres par vache mais peut atteindre au moins 15 litres si l'Etat décide de nous aider”, expliquera un professionnel du secteur. Aide de l'Etat mais comment ? Les éleveurs semblent bien savoir ce qu'ils veulent. Dans le document remis au gouvernement, leurs préoccupations ont été énumérées en 15 points dont certains concernent des mesures de soutien comme, entre autres, les subventions, l'indemnisation du cheptel réformé et la facilitation de son obtention, la facilitation de l'accès au foncier agricole non exploité et d'autres concernent plutôt l'organisation de la filière et du marché de lait à travers l'unification du prix et la création d'un centre de collecte unique et aussi à ce que les analyses du taux de matières grasses dans le lait, qui est un élément influent sur le prix de vente, soient effectuées par des laboratoires autonomes. À l'issue de leur réunion, les éleveurs producteurs de lait ont pris la décision de reprendre attache à nouveau avec les autorités et aussi avec les transformateurs de lait dans l'espoir de lancer un dialogue de nature à améliorer la situation de ces éleveurs avant de passer à des actions radicales telles que l'arrêt de l'alimentation des usines en lait de vache. Samir LESLOUS