Ahmed Ouyahia a renouvelé, hier, son appel au mouvement des archs pour un “dialogue sincère autour de la plate-forme d'El-Kseur”. “En accord avec le président de la République, je lance un appel en vue d'un dialogue avec les représentants que le mouvement des archs aura lui-même choisis ; j'en appelle aussi aux bonnes volontés afin de contribuer à rendre ce dialogue possible, étant évidemment clair que notre but est de régler la crise en Kabylie”, a réaffirmé le Chef du gouvernement qui présentait le programme de son équipe devant le Conseil de la nation. Il s'agit, selon lui, d'un appel (“dénué de tout calcul politicien”) du gouvernement algérien à des Algériens “qui ont prouvé leur haut degré de patriotisme : ils l'ont montré à bien des reprises, notamment en revendiquant (à l'été 2001, ndlr) une deuxième session nationale du baccalauréat et en affichant une solidarité sans faille avec les victimes du séisme du 21 mai.” Le défi, aujourd'hui, n'est pas tant d'échanger les accusations, a dit Ouyahia. Le défi est de “ramener le calme en Kabylie dans l'intérêt des citoyens de la région et dans l'intérêt du pays”. Cet appel, accueilli avec réserves par les délégués du mouvement citoyen, paraît, en tout cas, responsable, ne serait-ce que par sa clarté : jamais le chef de l'Etat, associé à cette entreprise par Ouyahia, n'a identifié à ce point les interlocuteurs potentiels ni les contours du dialogue. Dans sa conférence de presse animée mercredi dernier au Parlement européen, à Strasbourg (est de la France), M. Bouteflika avait indiqué qu'il pouvait régler la crise de Kabylie. Les pouvoirs discrétionnaires qu'il avait invoqués n'ont jamais été exploités jusque-là. En avril 2001, faut-il encore le rappeler, il avait annoncé un ambitieux plan de relance économique devant les cadres de la nation avant de prendre l'avion pour Abuja, au Nigeria, pour assister à une conférence africaine sur le sida, rehaussée par la présence du président Bill Clinton, reconverti en conférencier aux contributions onéreuses. Le chef de l'Etat a beau faire valoir ses pouvoirs discrétionnaires, l'histoire retiendra qu'il a opposé tout son mépris à ce mouvement citoyen. L'attitude du Chef du gouvernement est également un désaveu bien franc à tous les acteurs politiques algériens, y compris les parlementaires du RND, qui ont accablé d'accusations (notamment d'antipatriotisme) les animateurs du mouvement. Il était utile de le souligner. Ahmed Ouyahia a commencé son discours par un autre appel. Un rappel de mémoire en fait, émis dans le but de redoubler de vigilance face au terrorisme : “Nous devons continuer à faire front jusqu'à son éradication.” Cela aussi était utile à rappeler. Ouyahia expliquait auparavant avoir décidé de reconduire la même composante et le même programme pour trois raisons : “Obligation constitutionnelle à mettre en œuvre le programme du président de la République, volume des défis et importance des retards, rendez-vous (proche) de l'élection présidentielle.” Sur le plan économique, il a exprimé la volonté d'aller plus rapidement dans l'application des réformes. L. B.