Un acte fort au plan symbolique. Hussein Barack Obama, sitôt assis dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, a pris son téléphone pour appeler les protagonistes de la guerre de Gaza. Rompant ainsi avec l'habitude bushienne du seul dialogue avec Israël, le nouveau maître des Etats-Unis s'est entretenu, dans l'ordre, avec Abbas, Olmert, Moubarak et Abdallah II. Muet durant toutes les tueries de Palestiniens de Gaza par Israël, usant de l'argument maintes fois ressassé qu'il ne peut y avoir qu'un seul président à la fois, Hussein Obama, en fonction depuis mardi 20 janvier, s'est saisi du dossier Proche-Orient le lendemain de son installation et une fois que les armes israéliennes se sont tues et que les chars israéliens se soient retirés de l'étroite bande de terre, comme par hasard le jour même de sa prestation de serment sur les marches du Capitole. Mercredi, Hussein Obama a donc téléphoné au président égyptien Hosni Moubarak, parrain du plan de paix en compagnie de Nicolas Sarkozy, au Premier ministre démissionnaire israélien, Ehud Olmert, au roi Abdallah II de Jordanie, mais avant eux, il a appelé Mahmoud Abbas, toujours président de l'Autorité palestinienne, malgré la fin de son mandat et auquel il aurait promis de relancer le processus de négociations israélo-palestinien. Ce qui est sûr, et selon les communiqués officiels, le nouveau président a exhorté ses interlocuteurs à tout faire pour prolonger la trêve unilatérale décrétée par Israël dans l'attente de la réouverture des pourparlers. Pour des observateurs avertis, Obama se serait contenté de prendre le pouls actuel de la région, rappelant, à en croire les Israéliens, la position des Etats-Unis au Proche-Orient, qui penche jusqu'ici que de leur côté. Ehud Olmert ne s'était-il pas vanté d'avoir infléchi en plein massacre de Palestiniens la position américaine lors du vote de la résolution 1860 au Conseil de sécurité de l'ONU. L'ancienne secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, dont l'intention était de voter la résolution, s'était finalement abstenue après une consigne donnée par George W. Bush. Les quatorze autres membres du Conseil avaient tous voté en faveur d'un cessez-le-feu immédiat. Ehud Olmert aurait, en effet, quelques minutes avant le vote, appelé le prédécesseur d'Obama pour infléchir la position états-unienne. Washington a démenti du bout des lèvres ! Hussein Obama n'est peut-être pas, à l'instar de George W. Bush, un ami sans égal d'Israël, mais les Etats-Unis restent assurément l'allié d'Israël. Alors, comment interpréter le geste du nouveau président dans ses premières heures à Washington ? “Il a profité de la première journée de son mandat pour faire part de son attachement à une participation active en faveur de la paix entre Israël et les Arabes (...) et pour formuler son espoir d'une poursuite de la coopération”, a assuré Robert Gibbs, tout nouveau porte-parole de la Maison-Blanche, qui a ajouté qu'Obama a promis que “les Etats-Unis feraient leur part pour mener ces efforts à bien, en coopération étroite avec la communauté internationale et ses partenaires dans l'accomplissement de leurs responsabilités”. Le 44e président américain devait d'ailleurs nommer un émissaire pour le Proche-Orient, George Mitchell, intermédiaire déjà en 1998 dans la résolution conflit nord-irlandais. Si telle est la volonté d'Obama, quelle réponse donnera-t-il à la disponibilité du leader du Hamas au dialogue ? Son appel sera-t-il entendu ? On ne sait pas trop ce qui se passe dans la tête du nouveau président qui, durant sa campagne, a évoqué son intention de dialoguer avec les “ennemis” des Etats-Unis. Ce qu'a violemment rejeté sa secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, rappelant, pour l'exemple des Palestiniens, que Hamas était assimilé à un groupuscule terroriste. Le leader du Hamas en exil à Damas, Khaled Mechaâl, a, quant à lui, invité l'Europe à dialoguer avec son mouvement. “Je dis aux pays européens (...), trois ans de tentative pour éliminer le Hamas, ça suffit ! Il est temps que vous traitiez avec le Hamas, qui tire sa légitimité de sa lutte”, a déclaré Mechaâl dans une interview accordée à la télévision syrienne. “Cette bataille a prouvé que la force, à elle seule, ne peut apporter la sécurité à l'entité sioniste et que la paix ne se fera pas aux dépens des droits des Palestiniens”, a-t-il poursuivi lors de sa première intervention publique depuis le cessez-le-feu. D. Bouatta