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L'engouement n'était pas au rendez-vous
Jour de vote à Alger
Publié dans Liberté le 11 - 04 - 2009

Sur les 1 766 033 électeurs inscrits à Alger, 64,76% ont voté, selon le ministère de l'Intérieur et des Collectivités locales. Si dans certains quartiers, comme El-Harrach, l'affluence est perceptible, dans beaucoup d'autres, notamment sur les hauteurs de la ville, elle était plutôt faible. Dans plusieurs centres de vote de la capitale, au moins deux bureaux étaient réservés aux éléments des corps constitués. Seuls les scrutateurs du Président-candidat, et dans une moindre mesure de Louisa Hanoune et de Moussa Touati ont supervisé l'opération électorale.
Alger se réveille, jeudi matin, sans connaître une fébrilité électorale particulière. Dans les quartiers de la ville, règne l'ambiance calme des jours fériés. Les échoppes de fruits et légumes et les épiceries n'ont levé le rideau que vers 9h. Les centres de vote avaient déjà ouvert leurs portes depuis une bonne heure. L'affluence est plutôt faible, en ce début de matinée. Ce n'est que vers 10h, que les électeurs, notamment des retraités, commencent à se rendre aux urnes. Au centre de vote Les orangers de Rouiba (école primaire Santouhi-Rabah), à peine 600 électeurs ont mis, à 12h, un bulletin dans l'urne sur 4 083 inscrits. Ce qui représente un taux de participation de 6,8%. “Normalement, à partir de 14h, il y aura plus de votants”, assure le chef du centre, qui signale le passage d'observateurs de la Ligue arabe. “Ils ont vu les listes électorales, discuté avec les représentants des candidats…”, rapporte-t-il. Les rues de Rouiba sont aussi vides que les bureaux de vote. De nombreux magasins sont fermés.
À Mazraât Ahmed-Medegheri (centre de recasement des sinistrés du séisme du
21 mai 2003 de Rouiba), quelques pères de famille surveillent leurs enfants qui jouent à proximité des chalets. Mohamed Dahmane indique que les autorités locales ont procédé, pour la première fois, à l'inscription des habitants des 100 chalets, sur les listes électorales. “Je n'ai pas reçu ma carte de vote. J'irai tout à l'heure au centre de vote pour savoir si je peux voter ou pas”. Un geste qu'il souhaite accomplir bien qu'il n'ait aucun doute sur l'issue de l'élection. “Bouteflika gagnera qu'on vote ou pas. On aurait pu l'élire avec le vote des parlementaires et c'est tout”, commente-t-il. “Nous ne nous intéressons ni à l'élection ni à ses résultats. Notre principale demande est un logement. On nous a recasés ici provisoirement pour six mois. Nous y sommes depuis six ans”, surenchérit un de ses voisins. “Que Saïd, Mohamed ou Abdelaziz soit président, c'est du pareil au même. Aucun candidat n'est passé nous voir pendant la campagne électorale”, regrette un autre. Dès lors que l'occasion leur est offerte, les sinistrés ne se privent plus pour étaler leur rancœur face à une situation sociale qu'ils disent difficile. “Comment voulez-vous penser au vote quand des jeunes hommes et des jeunes filles dorment dans la même pièce sans aucune intimité”, lance l'un d'eux. “Cela fait six ans que nous sommes là, nous ne connaissons ni le wali délégué ni le président d'APC. Ils ne viennent pas s'enquérir de notre situation et ne veulent pas nous recevoir à leur bureau”, rebondit un quadragénaire. Nous les laissons palabrer de sujets qui les fâchent manifestement et nous retournons vers Alger.
De Rouiba à Belcourt, les 20 kilomètres sont parcourus en quelques minutes. La fluidité du trafic automobile dans la capitale, interdite de circulation aux poids lourds, marque l'exceptionnel de cette journée. Au CEM Abderrahmane-Ahmine (centre de vote pour les femmes), bordant la rue Belouizdad, 142 électeurs ont émargé sur les registres, au pointage de 11h30, sur un total de 2 303 inscrits. Hormis, les représentants du Président-candidat, en poste dans chacun des six bureaux du centre Ahmine, et une scrutatrice du candidat du FNA Moussa Touati, les quatre autres candidats n'ont pas désigné d'observateurs. D'ailleurs dans pratiquement tous les centres de vote où nous nous sommes rendus, seul Abdelaziz Bouteflika avait des observateurs et dans une moindre mesure Louisa Hanoune et Moussa Touati, c'est-à-dire des candidats supportés par la logistique de partis politiques. Fawzi Rebaïne, Djahid Younsi et Ouhand Oussaïd Belaïd n'avaient visiblement pas les moyens de mobiliser des milliers d'observateurs à leur compte. “Dans les deux centres de vote (Bitraria I et II à El-Biar, ndlr), nous n'avons reçu que les représentants de Abdelaziz Bouteflika. Les autres ne se sont pas présentés ce matin. Pourtant, ils étaient désignés et badgés”, assure
Mme Melouah, responsable de l'opération électorale dans cet établissement. Au moment où nous nous entretenons avec notre interlocutrice, une citoyenne s'est présentée pour s'enquérir de l'absence de son nom sur le registre où sont portés les renseignements des électeurs du quartier. Un jeune homme vérifie sur son ordinateur dans le fichier national. “Beaucoup de citoyens se sont inscrits, mais n'ont pas récupéré leur carte de vote. L'APC a ouvert une antenne pour leur remettre la carte aujourd'hui même”, explique
Mme Melouah. Effort vraisemblablement inutile à El-Biar. À Bitraria I et II, le taux de participation est respectivement de 17,72% et 16% au décompte de 18h. Il est aussi faible dans toute la commune et dans d'autres localités des hauteurs de la capitale telles que Chéraga et Dély-Ibrahim.
Sur les 1 766 033 électeurs inscrits à Alger, 64,76% se sont exprimés par un bulletin mis dans l'urne, selon le chiffre officiel annoncé par le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales. Ce résultat est difficile à corroborer tant qu'on était loin, de visu, de l'engouement manifeste des électeurs pour l'élection présidentielle d'octobre 1996. À l'époque, les Algérois, connus pourtant pour leur faible promptitude à voter, se sont rendus massivement aux urnes dans un geste de rébellion contre le terrorisme. Ce 9 avril, certains quartiers populaires, comme El-Harrach ou la place des Martyrs l'affluence est perceptible, dans beaucoup d'autres, notamment, le nombre de votants était plutôt faible. Dans plusieurs centres de vote de la capitale, au moins deux bureaux étaient réservés aux éléments des corps constitués. Il en est ainsi pour le centre Pasteur, où le Premier ministre a accompli le geste électoral à 8h30, soit à peine une demi-heure après le début de l'opération. À 19h20, les responsables de la structure ont certifié que 2 150 votes ont été enregistrés sur un total de 4 566 inscrits, soit un taux de participation avoisinant les 50%. Pourtant de bureau de vote, en bureau de vote, la participation ne dépassait pas les 30%. Au bureau 23, l'on a compté 64 votants pour 207 inscrits. Au bureau 22, il y avait, dans l'urne, 71 voix exprimées pour 217 inscrits, au bureau 32, à peine 70 pour 322 inscrits tandis que dans l'espace où a voté Ahmed Ouyahia (le bureau n°20), 84 électeurs se sont exprimés sur les 281 noms portés sur la liste électorale. “Nous n'avons pas vu beaucoup de monde passer par-là. Et il n'y avait que des vieux et pas beaucoup de votants dans la tranche d'âge 18 à 30 ans”, atteste Anis Ouabdesselam, observateur pour le compte du candidat Moussa Touati. Selon lui, le seuil de 50% de participation enregistré par ce centre d'Alger-Centre s'explique par le vote des policiers et des gendarmes. Deux bureaux leur ont été, en effet, réservés au quatrième étage de l'établissement. Au n°191, sur les 428 éléments des corps constitués inscrits, 381 ont voté. Au n°192, ils étaient 275 à donner majoritairement leur voix au Président-candidat sur 322 inscrits. Sans surprise, le dépouillement a révélé une large avance du candidat Bouteflika sur ses concurrents dans la course à la présidentielle. Dans ce centre, les bulletins nuls ont constitué 25% des suffrages exprimés. À 20h25, des véhicules, sortis rutilants des stations de lavage, passaient déjà par l'avenue Pasteur pour fêter la victoire du président Bouteflika, candidat à un troisième mandat.
S. H.


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