Une marée humaine constituée d'amis, admirateurs et artistes étaient venus assister au dernier voyage du cinéaste Abderrahmane Bouguermouh, vers sa dernière demeure. Décédé dimanche dernier à la suite d'une longue maladie, les obsèques de ce grand homme, se sont déroulées à Ighzer-Amokrane, dans la commune d'Ouzellaguen (60 km à l'ouest de Béjaïa). Sur place, nous avons rencontré des artistes dans le domaine de la musique et du chant, qui ont apporté un témoignage touchant et attendrissant sur l'enfant prodige d'Ouzellaguen. “Ma présence ici, à Ouzellaguen, est très significative, voire symbolique. J'ai tenu à être présent aux obsèques d'Abderrahmane Bouguermouh, car c'est un grand militant de la cause amazighe", nous a confié Farid Ferragui, chanteur kabyle. Et d'ajouter : “Un véritable révolutionnaire. Il se distingue surtout par la manière dont il exerçait son métier de cinéaste. Il lui a donné un autre visage, celle de conjuguer le septième art avec son combat identitaire." Ce cinéaste a “beaucoup donné pour la culture algérienne, notamment pour le cinéma amazigh. Il a toujours voulu imposer ses projets cinématographiques en tamazight, sa langue maternelle. En dépit des innombrables obstacles rencontrés sur le terrain". Selon cet artiste, Abderrahmane Bouguermouh a “réussi à réaliser son rêve, à savoir adapter le roman de son ami, feu Mouloud Mammeri, au cinéma, et de surcroît en langue amazighe". Et de préciser : “Il l'avait réalisé, mais difficilement, eu égard au manque de moyens et surtout aux pressions qu'il avait endurées à l'époque." Abderrahmane Bouguermouh a contribué énormément dans l'évolution du septième art en amazigh, Farid Ferragui estime que “c'était grâce à lui, en tout cas, que le cinéma amazigh a vu le jour. Abderrahmane Bouguermouh n'est pas un simple réalisateur, car il est tout à fait différent des autres cinéastes". En concluant : “Il mérite beaucoup de respect. Pour moi, c'est un trésor que nous venons de perdre. Même mort, il restera, néanmoins, omniprésent dans nos cœurs et nos esprits. Que Dieu ait son âme !" Amis depuis 55 ans, l'auteur-compositeur, Kamel Hamadi, est revenu sur sa relation avec Abderrahmane Bouguermouh. “On s'est connus avant même l'indépendance, quand il travaillait à la radio en tant que régisseur. On faisait ensemble des sketches et des émissions culturelles." Emu sur la disparition de son acolyte, il définit le cinéaste comme “un brave homme qui a des qualités humaines extraordinaires. Fidèle à lui-même, il est resté toujours humble et modeste. Il avait fait un immense travail cinématographique". Tout en précisant : “Tout le monde sait aujourd'hui qu'il est le pionnier du cinéma amazigh. Son film La colline oubliée est vraiment un chef-d'œuvre. Un produit de haute qualité. Il restera un repère dans l'histoire du cinéma d'expression amazighe." Et de souligner : “Le défunt cinéaste mérite tous les honneurs. L'hommage que lui rend aujourd'hui tout ce beau monde-là est à la hauteur de feu Abderrahmane Bouguermouh." K O