Le romancier algérien, Yahia Belaskri, a plaidé hier en France pour une reconnaissance des "Mémoires souffrantes" de la guerre de Libération nationale, affirmant qu'il était évident que l'Algérie redevienne indépendante, après 132 ans de colonisation. "Nous sommes tous sortis fracassés de cette guerre effroyable. Ce qui nous est demandé aujourd'hui, c'est de se regarder dans le blanc des yeux et de reconnaître la douleur de chacun", a-t-il dit, lors d'une table ronde "Mémoires d'Algérie", organisée dans le cadre de la manifestation Comédie du livre qui se tient à Montpellier. Belaskri s'exprimait devant un parterre composé essentiellement de Français d'Algérie de première ou de seconde génération, l'auteur de Bus dans la ville, roman où il raconte une partie de son enfance, confinée entre les barbelés de la soldatesque coloniale. Il a affirmé compatir à la douleur des autres groupes mémoriels de la guerre d'Algérie et a demandé qu'on lui "reconnaisse sa douleur". "Non à la guerre des mémoires, mais oui à la reconnaissance de la souffrance de l'autre", a-t-il plaidé. L'éditeur et écrivain Hubert Ripoll a, à cette occasion, présenté les résultats d'une enquête qu'il avait menée auprès de pieds-noirs de trois générations différentes, celle d'abord des parents natifs d'Alger, leurs enfants (15 à 20 ans en 1962) qui ont débarqué en France à l'Indépendance de l'Algérie et, enfin, celle des petits-enfants qui n'ont rien connu de l'Algérie. Il a relevé, se basant sur son ouvrage Psychanalyse de l'exil, que beaucoup de cas de la troisième génération des Français d'Algérie, bien que s'étant "adaptés" à la France, ont fini par s'exiler. "Ils se sont exilés en croyant qu'ils s'exilaient par choix ou par goût de l'aventure", a-t-il dit, affirmant que ceux-là se sont "dans leur totalité exilés par fidélité à la mémoire des parents". L'Algérie est l'invitée d'honneur de la 28e édition de la Comédie du livre, une manifestation culturelle annuelle organisée conjointement par la mairie de Montpellier et l'association Cour de Livres. Plus de deux cents écrivains venus essentiellement d'Algérie (une vingtaine), du Maroc, de Tunisie, d'Espagne et de France y prennent part. APS Nom Adresse email