La poudrière syrienne a contaminé ses voisins. L'Irak avait déjà entamé un processus de décomposition. Le Liban, à présent, suscite de vives inquiétudes. Deux ans après que Bagdad ait retrouvé sa souveraineté avec le retrait des troupes d'occupation américaines d'Irak, le drapeau noir d'Al-Qaïda flotte, depuis le début de semaine, sur Fallouja et Ramadi, deux villes sunnites, symboles de l'insurrection antiaméricaine. C'est dans ces deux villes abandonnées par le pouvoir Irakien chiite, à soixante et cent kilomètres à l'ouest de la capitale, que les GI's, marines et forces spéciales de la première puissance militaire mondiale avaient essuyé leurs plus lourdes pertes durant leurs neuf années de présence. Et c'est là que le pouvoir post-occupation américaine, soutenu mollement par Washington, va probablement sombrer. Incapable de maintenir l'ordre dans le pays secoué sans interruption depuis le retrait de soldats US, par de violents attentats meurtriers. En un an, les violences y ont fait plus de huit mille victimes. L'entrée d'Al-Qaïda dans les deux villes illustre l'impuissance croissante du Premier ministre chiite, Al-Maliki, accusé de favoriser sa communauté et de diviser son pays. Au Nord, le Kurdistan irakien vit de plus en plus de façon autonome et prospère sur le pétrole. Les tribus de l'Ouest irakien, un temps alliées du pouvoir dans la lutte contre Al-Qaïda, ont fini par retourner leur position. Chez les chiites, l'attitude est également amère faute de sécurité et cela malgré des déversements de fonds et de programmes. Quant aux combattants des milices sunnites, accusées à tort et à raison de fournir de la chair à canon aux djihadistes, ils ont profité à plein de la guerre civile en Syrie pour porter des coups au pouvoir central qui les exclus des prébendes du pétrole et de la gouvernance. Les djihadistes de l'EIIL (Etat islamique en Irak et au Levant), qui viennent de prendre Fallouja, ont profité depuis l'automne 2012 du chaos syrien pour effectuer un spectaculaire retour en puissance. Ses milices franchisées Al-Qaïda ont adopté dès le départ une stratégie transfrontalière. Ils ont prêté main-forte aux franges les plus extrémistes de l'opposition syrienne, bénéficiant en échange de l'argent de la part des Qataris et Saoudiens et d'armes occidentales pour multiplier les attentats également sur le sol irakien. En 2011, avec la mort de Ben Laden et juste avant le retrait américain, Al-Qaïda semblait condamné à végéter quelque temps encore à la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan. Deux ans plus tard, l'organisation profite pleinement de la décomposition des Etats du Moyen-Orient, conséquente aux printemps arabes pour se recréer de nouvelles bases. La guerre civile depuis trois ans sur la Syrie a fait le reste. Cette guerre alimente à son tour le djihadisme sur le sol irakien et les attentats ciblés perpétrés depuis cet été et surtout depuis deux semaines au Liban, complète pour ainsi dire une stratégie qui a tout lieu de concerner la région voire le monde arabe dans son ensemble. Et plus même, si on considère également les évolutions djihadistes en cours dans le Sahel saharien, sur un axe se déployant du Nord-Mali à la Somalie. Dans cette vaste région saharienne, le management de l'islamisme violent est confié à Aqmi assis sur les butins de ses rapts d'Occidentaux. Le retour des djihadistes a été facilité par des acteurs extérieurs jouant également leur partition pour qui préserver, qui avancer leurs pions dans une région géostratégique à plus d'un titre. L'Arabie Saoudite, Qatar, la France, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Chine, tous ont soufflé sur les braises. Au cœur du Moyen-Orient, dans l'arc Irak, Syrie, Liban, deux protagonistes sont intervenus dans la curée : l'Iran, qui soutient et arme Assad, et le Hezbollah libanais. Ici aussi l'Arabie Saoudite qui s'est autoproclamée chef de file des sunnites, contre le chiisme, qui finance les groupes islamistes les plus radicaux de l'opposition syrienne, vient de donner trois milliards de dollars à l'armée libanaise pour contrer l'influence iranienne au pays du Cèdre. Dix ans après l'invasion des troupes américaines en Irak, le monde mesure aujourd'hui, la catastrophe de l'interventionnisme occidental. Au Maghreb, la Libye qui ne s'est pas relevée, est la proie de djihadistes susceptibles de faire allégeance à Al-Qaïda, d'autant que s'est installé dans son extrême sud entre le Niger, l'Algérie et le Tchad, Aqmi. En outre, Tripoli reste l'arsenal de ces groupes islamistes qui ont fait jonction avec leurs pairs du Nigeria et de Somali. Cela augure mal du prochain retrait des forces occidentales d'Afghanistan. Les talibans sont déjà maîtres à bord au point où Washington prend langue avec eux. La France qui fait le job des Occidentaux en Afrique a elle aussi sa part dans le réveil d'Al-Qaïda. Des observateurs français s'interrogent ouvertement sur la stratégie de François Hollande, sur la conduite à donner à ses opérations militaires au Mali et en Centrafrique. Washington pour sa part observe ! En visite au Moyen-Orient, le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a déclaré que les Etats-Unis très, très préoccupés par la montée en puissance de l'EIIL en Irak, font confiance dans le fait que ses dirigeants peuvent parvenir à renverser la tendance. Pas un mot sur l'intervention des Iraniens qui vont donner un coup de main à Al-Maliki. Téhéran a promis d'éradiquer Al-Qaïda de ses portes. D. B Nom Adresse email