Les représentants des travailleurs s'opposent au projet de loi de Chakib Khelil et se disent prêts à recourir à un mouvement de protestation au cas où leurs revendications ne seraient pas satisfaites. “S'il faut recourir à un mouvement de protestation à travers une grève, nous n'hésiterons pas un instant.” C'est là, en substance, la nouvelle menace brandie par le chargé des affaires économiques au sein de l'union nationale des travailleurs algériens (UGTA), M. Badreddine, au cours de la réunion tenue, hier, avec les représentants syndicaux des entreprises relevant du secteur de l'énergie et des mines. “Préparez-vous à toutes les formes de lutte”, lancera-t-il à l'adresse des secrétaires généraux des syndicats des différentes entreprises. M. Badreddine promet, en effet, après l'Aïd, une “rude bataille” contre les promoteurs de l'avant-projet de loi sur les hydrocarbures. “Néanmoins, c'est aux autorités de favoriser le dialogue et la concertation. Notre position n'est ni un feu de paille ni une menace mais une voie qui défendra l'intérêt national”, expliquera le secrétaire national. Les vivats avec lesquels les syndicalistes ont accueilli la déclaration du premier responsable de la fédération des pétroliers illustrent parfaitement leur acharnement à paralyser leur secteur en guise de protestation contre le projet de Chakib Khelil. Le député FLN avoue que le projet en question a été élaboré “sous l'égide du FMI et de la Banque mondiale”. Il qualifiera son éventuelle mise en œuvre d'entorse à l'opération de nationalisation concrétisée en 1971. Pour lui, cette loi diminuera des prérogatives et de la marge de manœuvres de Sonatrach. “La compagnie nationale ne pourra pas rivaliser avec ses consœurs étrangères”, indiquera M. Badreddine, si la loi, telle que conçue, vient à être avalisée par le parlement. En réponse au ministre de l'Energie qui a déclaré récemment que les responsables de l'UGTA n'ont pas lu le texte, le secrétaire national soutiendra mordicus que les diverses dispositions et autres articles du projet ont été sérieusement disséqués. “Serions-nous à même d'initier des controverses sans toutefois analyser le contenu de la loi ?”, s'est-il encore interrogé. Outre les risques que peut engendrer une telle loi, notamment sur la cohésion sociale, l'intervenant signale que ce projet est unique en son genre puisque aucun pays membre de l'OPEP ne l'a élaboré de cette manière. Pis, les experts algériens exerçant à l'étranger, dira-t-il, confirment l'inadéquation de cette loi avec les réalités du pays. Le secrétaire national de l'UGTA n'y est pas allé de main morte pour dénoncer certaines réactions du concepteur du projet de loi. “Si lui ne représente que sa personne pour défendre son texte, nous, nous avons des millions de travailleurs derrière nous pour faire barrage à sa mise en œuvre…”, menacera-t-il, en faisant allusion au ministre de l'Energie. L'application d'une telle loi, a-t-il précisé, nécessite le feu vert de tout un peuple. Si celui-ci se prononce pour, “nous serons prêts à avouer l'échec de notre démarche”, a-t-il souligné. Les délégués syndicaux de l'Engi, Gipec, Enava, Enpc, Ferphos, Enap, Asmidal n'ont pas tari d'éloges sur leurs entreprises et ont dressé un tableau on ne peut plus acceptable de leurs différentes situations financières. Ce qui les a poussés à dire à M. Badreddine : “Nos entreprises sont viables et ne sont, de ce fait, pas privatisables.” Par ailleurs, l'UGTA a décidé d'organiser après l'Aïd des AG dans toutes les unités liées au secteur. Des conférences régionales sont également inscrites au programme. L'Union n'hésite pas à prendre en compte l'avis des universitaires et des experts à travers d'autres rencontres. Le conflit qui met aux prises partisans et opposants à la mise en application de ce projet connaîtra-t-il enfin, un jour, son épilogue ? Rien n'est moins sûr pour le moment, car chacun des deux protagonistes campe sur sa position. B. K.