Il n'y a pas un village, un hameau, une colline, une dechra qu'il n'a pas visité pour côtoyer les habitants de l'arrière-pays, qui savaient très bien que le poète voyageur s'investissait dans la collecte du lexique, peu importe le lieu, la région, la variante. L'enfant de Taghit, le poète des Aurès, "Amdiez n'l'aures", comme se plaisent à le nommer les amateurs de poésies amazighes. Bezala Salah, a tiré sa révérence, le 15 juin dernier à l'âge de 62 ans, des suites d'une longue maladie. Salah Bezala, originaire de la petite localité de Taghit (commune Ghassira), s'est donné une envergure, une dimension et un nom auressien. Il disait toujours : "Je suis Auressien et je n'appartiens à aucune tribu. Je n'aime pas être limité dans le temps et dans l'espace, ça tue la poésie". Un vrai troubadour, comme il n'en n'existe plus, il parcourait le grand Aurès à la recherche et dans le but de la collecte du lexique qui risque disparition et mort. Il n'y a pas un village, un hameau, une colline, une dechra qu'il n'a pas visité pour côtoyer les habitants de l'arrière- pays, qui ont pris l'habitude de le voir et savaient très bien que le poète voyageur était un collectionneur de mots, d'expressions, de vocabulaire chaoui... Peu importe le lieu, la région, la variante. Il a mis toute cette richesse, tout ce savoir et des années de quête au service des chercheurs, mais aussi et surtout à la portée des auditeurs de Radio Batna, quand il était animateur d'une émission intitulée "Thamghra nzik" (la fête de jadis), et ce, en 2008. L'animatrice de radio, Sakri Lamia souligne à son propos que "nous avons voyagé ensemble à travers les Aurès où nous avions la possibilité de collecter une matière rare, surtout chez les personnes âgées, qui connaissaient oncle Salah et son sérieux, ce qui nous facilitait énormément la tâche de reporter. Après ce travail de terrain on se retrouvait au studio où le poète aimait peaufiner son travail ; c'était un vrai professionnel, et son travail reste comme matière et référence". En plus de ce travail de collecte, plusieurs animateurs de radio de Batna témoignent que le défunt s'intéressait et de très près aux chants traditionnels des troupes de Rahaba, et que dans ce registre justement, il a une grande collection sonore qu'il va falloir préserver et protéger. On nous rappelle qu'il n'était pas uniquement animateur de cette émission dédiée à la langue, mais a également participé à d'autres émissions consacrées aux patrimoines matériel et immatériel. Fatigué et affaibli par la maladie, il s'installe dans la ville de N'Gaous où souvent des amis à lui et surtout des artistes chanteurs et poètes lui rendaient visite. Un grand poète d'une âme généreuse et sensible a quitté sa grande famille, celle des Auressiens. Un hommage lui sera rendu avant la fin du Ramadhan. R. H.