Le RCD, qui a depuis longtemps réclamé la dissolution de la police politique et la restitution du FLN au peuple, ne dissimule pas ses appréhensions quant aux conséquences de la propagation de la guerre des clans à l'institution militaire. Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) est formel : le départ à la retraite ou le limogeage du désormais ex-patron des services, Mohamed Mediène, dit Toufik, s'il peut se décliner comme la séquence "d'un naufrage pensé et programmé du DRS", ne signifie pas pour autant la fin de la police politique dont ont pâti nombre de partis et de militants politiques. Il s'agit, selon lui, d'un règlement de compte entre protagonistes d'un système qui a mené le pays à la ruine. "Le naufrage pensé et programmé du DRS est loin des revendications maintes fois exprimées de la dissolution de la police politique (...). Les partis et les militants politiques, victimes de cette police politique, ne peuvent se suffire de règlements de compte entre protagonistes d'un système qui a mené le pays à la ruine", a affirmé, hier, le président du RCD, Mohcine Belabbas, dans une allocution à l'ouverture des travaux du conseil national du parti. D'où la nécessité, selon lui, de l'abolir et de soumettre sa restructuration à un débat démocratique. "La souveraineté du peuple et la démocratie exigent l'abolition de cette structure alégale et le contrôle par la représentation populaire des instruments de sécurité du pays. La restructuration des services de sécurité nécessite un débat démocratique (...). Cela implique la mise en place d'un cadre juridique qui fixe les missions, le mode de fonctionnement, les objectifs et les modes de désignation aux responsabilités de l'ensemble des institutions névralgiques", dit-il. "C'est un lieu commun de rappeler qu'un Etat fort est celui qui dispose d'institutions crédibles et légitimes et consolidé par des contre-pouvoirs." "L'absence de toute forme de contre-pouvoir, formel ou informel, est une autre menace sur l'Etat national, au demeurant, bien affaibli", ajoute-t-il. Le RCD, qui a depuis longtemps réclamé la dissolution de la police politique et la restitution du FLN au peuple, ne dissimule pas ses appréhensions sur les conséquences de la propagation de la guerre des clans à l'institution militaire. Il s'interroge même sur les visées qui sous-tendent cette guerre dans une conjoncture marquée par la dégradation de la situation sécuritaire, notamment aux frontières, les provocations en Kabylie et la situation persistante dans le M'zab. "Ceux qui ont mis le pays dans une telle crise ne peuvent le sauver" Au chapitre économique, le RCD considère que la crise économique n'est pas seulement la conséquence de la chute du prix du pétrole. "Le système de prédation sur lequel s'est appuyé Bouteflika a asséché le niveau de production dans ce domaine en détournant l'investissement et a fait exploser la demande interne en minant le pays par une politique de subventions qui, à terme, pénalise les couches les plus faibles", estime Belabbas. "La crise en cours n'est donc pas venue de l'extérieur ; elle est la résultante de l'incompétence, de la corruption et de l'impunité qui caractérisent le système en place (...)", soutient-il encore. Tout en mettant en garde contre les conséquences sur la stabilité sociale de la précarisation et la marginalisation de la jeunesse, le RCD rappelle, cependant, que la crise est d'abord politique avant d'être économique. Et aujourd'hui, plus que jamais, un changement s'impose pour édifier un Etat démocratique. "Ceux qui ont réussi à mettre le pays dans une telle crise avec tous les atouts que confèrent une rente confortable, un potentiel humain indéniable, une histoire et une position géopolitique enviables ne peuvent, aujourd'hui, prétendre sauver le pays. Ils sont aujourd'hui disqualifiés pour mener l'impératif redressement national. Leur renoncement à l'exercice du pouvoir est une condition nécessaire pour l'avènement d'un changement (...). Mais le RCD est convaincu que ce changement passe par la mobilisation de la rue. Le RCD, engagé dans la Coordination pour les libertés et la transition démocratique (CLTD), considère que la construction d'un rapport de force en faveur d'un avenir démocratique passe par la mobilisation la plus large et notre effort à tisser des liens avec tous les partenaires sociaux", conclut Belabbas. K.K.