Les mémoires dangereuses. De l'Algérie coloniale à la France d'aujourd'hui est le titre d'un livre, paru aux éditions Albin Michel en janvier 2016, qui retrace en partie un dialogue inédit entre Benjamin Stora et l'écrivain Alexi Jenni sur les conséquences de la guerre d'Algérie sur le devenir de la France en tant que nation et société. Le romancier, qui a reçu le prix Goncourt en 2011 pour son livre L'art français de la guerre s'est inspiré du travail accompli par Benjamin Stora pour dénouer les fils d'une histoire coloniale complexe, dont les dénis, les frustrations et les rancœurs font le lit des idées de l'extrême droite et du Front national. "L'utopie d'un gouvernement par le Front national, tel que le rêvent certains de ses électeurs, a été un jour réalisé : c'était le fonctionnement réel, chaotique, inefficace, violent de la colonie algérienne", argumente Jenni. De son côté, Stora évoque cette doctrine du "sudisme à la française", encore pire que l'apartheid, qui imprègne la société et renvoie, selon lui, à l'histoire de la colonisation "avec son organisation spéciale par communautés hiérarchisées" et à la colonisation elle-même "avec ses flots d'amertume, de mémoires blessées, de ressentiments et de revanches inavouées". Dans la seconde partie du livre qui est une réédition de Transfert de mémoire, paru en 1999, l'historien décolle les couches de ce substrat historique et analyse ce qu'il nomme comme "l'ensemble du déplacement des valeurs, habitudes et sentiments élaborés au temps de la longue période de l'Algérie française". En dépit de l'enclenchement d'un processus de reconnaissance de la guerre d'Algérie, Stora pense que les reliquats de cette histoire coloniale sont encore loin d'être évacués. Au contraire. Non seulement, l'extrême droite a prospéré, mais la multiplication des actes djihadistes en France fait fondre, d'après l'historien, "le mythe d'une société postcoloniale apaisée et détachée de ses origines". S. L.-K.