Résumé : La vieille Khadoudj est offusquée par les révélations de son fils qui lui confirme que désormais c'est Nadjette qui s'occupait de lui. Elle est stupéfaite et ne comprend rien à cette nouvelle génération, qui semble faire fi des anciennes traditions et s'en prend ouvertement à la jeune fille. Nadjette hoche la tête : - Je comprends. Mais on ne peut pas dire qu'elle a la langue dans sa poche. - Elle est comme sa ma mère. Elle dit ce qu'elle pense sans détour. La jeune fille relève une petite mèche qui tombait sur ses yeux avant de lancer : - Elle trouve que je ressemble plus à un homme qu'à une femme. - Qui t'a dit ça ? - Elle même. On a discuté à bâtons rompus, hier soir, pendant que toi et ton père ronfliez à qui mieux mieux dans la chambre à côté. - Nadjette, voyons ! Tu avais pourtant promis d'être plus cool ! - Mais je le suis. Tu sais très bien que c'est moi-même qui t'avais proposé de rendre visite à tes parents. - Et tu devais par-là même rendre visite au maire du village pour l'ouverture de ton cabinet. - Oui. Mais j'ai changé d'avis. - Tu parles sérieusement ? - Oui. Je parle sérieusement. Je ne pourrais pas supporter de vivre dans un village où les habitants n'aiment pas les femmes qui ressemblent dans leur comportement et leur accoutrement quotidien à des hommes. N'est-ce pas ? - Nadjette, tu divagues. Je t'interdis de parler ainsi. Dès demain matin, j'irai voir moi-même le maire. Je suis sûr qu'il acceptera d'emblée un vétérinaire dans la région. Tu pourras commencer à travailler dès l'obtention d'un local. Il faut surtout que tu comprennes une chose : les paysans savent être reconnaissants pour le moindre service rendu. Malgré leur brutalité, ils sont généreux et accueillants. Tu finiras par t'habituer à leur vie. Je vais bientôt obtenir mon diplôme de médecin généraliste et ouvrirai à mon tour un cabinet pour les soigner. Nous nous marierons.Tu auras tes animaux, et moi mes patients. - Mais Athmane, tes parents ne veulent pas de moi. C'est clair, je ne leur plais pas. - Tu me plais à moi. C'est suffisant, non ? Nadjette lui jette un coup d'œil plein de compassion. Ils étaient au seuil de l'écurie, et elle en profitera pour entrer et vérifier si la vache noire avait terminé de manger le mélange d'orge et d'antibiotiques qu'elle lui avait préparé. - Tu es un ange, Nadjette. Je ne veux pas te perdre. - Mais non plus, Athmane, je ne veux pas te perdre. La vache émet un beuglement de satisfaction en terminant de mâcher les restes de son repas improvisé. Nadjette jubile : - Oh ! Athmane regarde ! Elle a tout mangé. - Dans 48 heures son état va s'améliorer. Ce soir, je lui donnerai un sirop et des pilules fortifiantes. Son lait sera bien meilleur dans quelques jours. - Ne t'ai-je pas dit que tu es un ange ? C'est mon père qui sera content. Le jeune homme l'attire vers lui et lui entoure les épaules, puis prend sa main et la porte à ses lèvres. (À suivre) Y. H.