Le cadrage envisagé sur la première période et qui table sur un baril de pétrole autour de 60 dollars risque de compliquer la disponibilité des ressources pour amorcer un décollage de la politique de promotion des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique. Sur un plan général, l'analyse de Hassan Haddouche résume les handicaps de ce que le gouvernement nomme la nouvelle politique économique qui devait voir le jour pour pallier la chute brutale et durable des cours des hydrocarbures. En effet le cadrage consiste à "réduire sensiblement les importations, geler les rémunérations et les transferts mais aussi différer beaucoup de projets d'infrastructures. En bout de course, on doit arriver à un déficit du budget de l'Etat réduit à moins de 2% du PIB (au moins 16% du PIB en 2015) et une balance des paiements extérieurs pratiquement équilibrée (35 milliards de dollars de déficit en 2015 et encore près de 30 milliards de dollars en 2016)". Plus facile à écrire qu'à mettre en œuvre. Remarquons que ce programme de croissance économique que ses concepteurs escomptent à 6% à l'horizon 2030 passe par une phase de décollage entre 2016 et 2019 pour aller à une phase de transition entre 2020 et 2025 avant d'accomplir une dernière phase appelée stabilisation pour 2026-2030. Le cadrage envisagé sur la première période et qui table sur un baril de pétrole autour de 60 dollars risque de compliquer la disponibilité des ressources pour amorcer un décollage de la politique de promotion des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique surtout que l'hypothèse d'un tel prix moyen est loin d'être une donnée partagée par de nombreux experts. La deuxième phase elle-même qui mise sur un redéploiement industriel pour diversifier l'économie privilégie les secteurs de l'agroalimentaire, de l'aval des hydrocarbures (pétrochimie, engrais...), des ressources minières (fer, phosphate, terres rares...), la sidérurgie, les cimenteries, l'automobile et la construction navale. Nous noterons que le secteur des énergies renouvelables pour lequel le gouvernement ne cesse de promettre un avenir industriel radieux est plus mentionné comme un secteur qui est appelé à soulager la consommation des énergies fossiles que comme un moteur de développement. Le signal prix Comme dans tous les domaines de l'économie, un politique de substitution ou de promotion n'a de chances de fonctionner qu'avec un signal prix durable et avantageux. La problématique du prix des énergies qui n'est pas sérieusement encadrée ne présage pas d'une maîtrise des objectifs annoncés. Tout le monde sait que l'essentiel dans une politique, en dehors de la pertinence du choix des objectifs –qui restent discutables-, c'est ensuite de décliner les moyens pour y parvenir, c'est-à-dire le comment. À l'occasion de la journée du 16 avril et de la présentation d'"un modèle d'énergie durable" par les futurs ingénieurs de l'Ecole nationale polytechnique d'Alger (ENP), le professeur Chems Eddine Chitour déclarait que la réussite de ce modèle nécessite "de diminuer l'intensité énergétique, consommer moins en consommant mieux, développer les énergies renouvelables et la mobilité électrique qui remplacera graduellement la mobilité thermique, et d'aller vers les prix réels de l'énergie". Depuis longtemps, tous les experts estiment que la question des prix est au centre de la transition énergétique. Concernant l'exposé présenté lors de cette journée, sans être révolutionnaire, il va au détail pour un modèle énergétique alternatif à 50% durable pour le même horizon 2030. Il promet d'économiser 88 milliards de dollars à cette date avec une stratégie énergétique basée sur la rationalisation de l'eau, la valorisation des décharges, les traitements des eaux usées, l'exploitation des forêts, le transport électrique, la régénération des huiles usagées et l'introduction de techniques agricoles. Dans le domaine de l'énergie, il préconise la généralisation des énergies renouvelables dans le Sud et aussi le transport par locomotion électrique et le GPL. Une option à portée de mains sur laquelle les pouvoirs publics discutent et se réunissent depuis des décennies sans parvenir à un résultat significatif malgré la maîtrise de la technique et les différentes injonctions faites à l'administration. Au sujet de cette nouvelle politique économique, les pouvoirs publics disposent-ils d'autres "plans" qui traient du foncier, de la monnaie, de la fiscalité, des banques pour appuyer un tel redéploiement ? Ou géreront-ils au jour le jour comme avant ? L'avenir le dira. R. S.