Le conférencier a présenté hadj M'hamed El-Anka comme un artiste exceptionnel qui, inspiré par le travail des maîtres du chaâbi et grâce à son génie personnel, a su créer une école mêlant l'andalou, le populaire et le kabyle, ce qui lui a permis de dominer la scène musicale algérienne depuis près d'un siècle. Organisée conjointement par l'Aarc (Agence algérienne pour le rayonnement culturel), l'association El-Hachemi-Guerouabi et le CCA, dans le cadre du 64e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale et du 40e anniversaire du décès du grand chanteur chaâbi, la conférence de Abdelkader Bendamèche sur hadj El-Anka a été l'occasion de rappeler la vie et l'œuvre du fondateur de la chanson chaâbi. Bendamèche a eu l'idée de préparer un film sur l'histoire du chaâbi, illustré de photographies de grands maîtres de ce genre musical. Lors de la conférence qui s'en suivit, il présente hadj M'hamed El-Anka comme un artiste exceptionnel qui, inspiré par le travail des maîtres de cette musique et grâce à son génie personnel, a su créer une école mêlant l'andalou, le populaire et le kabyle, ce qui lui a permis de dominer la scène musicale algérienne depuis près d'un siècle. Il est incontestablement le fondateur du chaâbi de l'époque moderne, car ce patrimoine possède de profondes racines. Seuls hadj M'rizek et H'sissen ont contesté la domination de l'école d'El-Anka, préférant développer leurs propres variantes du chaâbi. D'ailleurs, nous apprendra le conférencier, à l'époque, on ne parlait pas encore de chaâbi, mais de musiques "chaâbiya". Dans les années quarante, un homme va jouer un rôle déterminant dans la structuration des musiques populaires algériennes. C'est Boudali Safir, professeur de lettres et journaliste, qui va diriger les chaînes arabe et kabyle de la radio algérienne et qui va mettre en place cinq ensembles musicaux (orchestres) dont le chaâbi avec El-Anka, le kabyle avec cheikh Noureddine, le moderne avec Skandrani, le "madih dini", etc. En vérité, précise Bendamèche, le terme chaâbi ne sera consacré officiellement qu'en 2005, à l'occasion du festival national de la musique populaire. Mais qui est donc cet artiste de génie, devenu une véritable icône de la chanson algérienne ? De son vrai nom Aït Ouarab Mohand Idir (inscrit par erreur à l'état civil comme Hallo Mohand Idir), hadj M'hamed El-Anka est né le 20 mai 1907 à la Casbah d'Alger. Sa famille est originaire du village Taguersift, dans la région d'Azeffoun, dans l'actuelle wilaya de Tizi Ouzou. Doté d'une mémoire hors pair qui lui permettait de retenir les poésies et les mélodies, ce fils unique de la famille devient un grand artiste à partir des années trente. Toutes les maisons d'édition de l'époque contractaient avec lui en raison de son grand succès. Faute de matériel adéquat à Alger, les enregistrements s'effectuaient à Paris et même à Berlin. Malgré son succès et sa renommée, El-Anka demeurait modeste et n'avait pas de complexe à interpréter des chansons écrites par d'autres artistes, comme ce fut le cas de son élève Kamel Ferdjallah et de Kamel Hammadi qui lui a composé la célèbre chanson Ammi Azizen dans les années cinquante. Hadj M'hamed El-Anka a structuré le chant chaâbi pour permettre aux musiciens de ne pas se fatiguer et aux interprètes de monter en cadence sans casser leur voix : l'istikhbar sert à se dégourdir les doigts sur l'instrument et s'échauffer la voix pour monter progressivement en puissance. Il a enfin créé la notion "d'el-mizan" en introduisant la derbouka dans l'orchestre. En même temps, pour mettre en valeur sa puissante voix, il abandonne la mandoline pour la mandole. Abdelkader Bendamèche et Kamel Ferdjallah (présent) précisent que le nom d'El-Anka a été donné à l'artiste par son vénéré maître, cheikh Nador. Durant la colonisation, comme bien d'autres artistes, hadj M'hamed El-Anka composait des chansons, de façon imagée, sur la liberté. Après avoir enrichi considérablement le patrimoine culturel algérien (plus de 360 "qassaïd" et 130 disques), le fondateur du chaâbi est mort le 23 novembre 1978 à Alger et repose au cimetière d'El-Kettar. Son œuvre demeure plus vivante que jamais. ALI BEDRICI