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L'Europe face aux prêches intégristes
Après les attentats de Londres
Publié dans Liberté le 21 - 07 - 2005

En France, dix prédicateurs sont ciblés. La Grande-Bretagne/personname / envisage de prendre des dispositions contre “l'incitation indirecte” au terrorisme qui concernerait nombre d'imams. Pour sa part, l'Autriche a décidé d'expulser, à compter de janvier prochain, les imams dont les discours seraient “un danger pour la sécurité publique”.
Par crainte ou par opportunisme, de nombreux imams ont désappris leur mission qui consiste à prêcher la bonne parole. Sous leur conduite, les lieux de culte ont même perdu de leur sacralité et cessé d'être des havres de tolérance, de méditation et de prière pour devenir des tribunes de haine, voire même de dépôts d'armes et de munitions ou carrément des champs de bataille. Endormie sur les lauriers de la liberté d'expression, l'Europe, réveillée par les explosions se rend compte que les terroristes se sont d'abord abreuvés de la “bonne parole” des imams tolérés avant d'ailleurs offrir leur corps au transport d'explosifs. Désormais, les prédicateurs sont sommés de réapprendre leur mission pour prétendre rester dans les pays qui les ont admis. En France, les Renseignements généraux ont ciblé “une dizaine d'imams” susceptibles d'être concernés par les mesures coercitives, expulsions ou déchéances de nationalité, brandies par Nicolas Sarkozy contre les tenants de “discours violents et intégristes”. Installés dans les régions de Lyon, Marseille ou Paris, ces hommes sont “majoritairement maghrébins, mais il y a aussi quelques Turcs”, partisans de Metin Kaplan, condamné en juin à la prison à vie dans son pays. Dans les mêmes régions, ont été repérés une dizaine de “référents idéologiques”, français pour partie, qui usent de leur “charisme” pour s'entourer de “jeunes en situation de déshérence et d'échec social”. Un schéma semblable à la cellule du XIXe arrondissement de Paris démantelée au printemps et composée de candidats au djihad en Irak.
Une minorité de mosquées salafistes
Parmi les 1 500 lieux de culte musulmans répertoriés en France, “un peu moins d'une quarantaine” sont sous influence salafiste, avec “des discours qui vont d'un fondamentalisme classique à des thèses plus violentes”, incitant à la haine raciale ou au djihad. “Il y a deux ans, 80 lieux de culte faisaient l'objet de tentatives de prise de contrôle par des salafistes”, lesquels seraient 5 000 en France, dont “10% nécessitent une attention particulière”, selon la police. La France compte “un peu moins de 1 100 imams identifiés dont l'immense majorité ne pose aucun problème”. La moitié exerce de manière régulière, 320 n'officiant que lors de la prière du vendredi, et 150 étant des prédicateurs occasionnels. 30% sont marocains, 20% algériens, un peu moins de 20% français, et moins de 15% turcs. Les “sujets à risques” sont ciblés en fonction des thèses qu'ils véhiculent, mais aussi de leurs liens avec la mouvance radicale. Ainsi, certains sont entrés en contact avec des islamistes condamnés à la fin des années 90 et récemment sortis de prison, relève une source policière selon laquelle “les groupuscules se recréent”. Les intégristes “savent qu'on prête attention aux prêches et sont prudents. Cela se passe dans les couloirs des lieux de culte, dans les associations”, poursuit cette source. Outre les imams, sont également surveillés des associations et des commerces souvent installés dans les banlieues sensibles, magasins de téléphonie, librairies, sociétés de sécurité, restauration rapide, etc. Les associations de labellisation de la viande hallal sont l'objet de toutes les attentions.
“Tout l'arsenal de l'état sera déployé”
Animés par les RG et sous l'égide des préfets, des pôles régionaux de lutte contre l'islamisme radical, regroupant policiers, gendarmes et administrations concernées, ont pour vocation de repérer les individus suspects et de fermer commerces ou salles de prière douteux en usant de “tout l'arsenal de l'Etat”, notamment l'arme administrative, y compris fiscale ou sanitaire. Ces procédures peuvent être accompagnées de poursuites judiciaires. Créé en mai 2004 en Île-de-France, le premier pôle a permis “d'accélérer l'éloignement du territoire d'individus condamnés pour terrorisme”, ainsi que des imams radicaux, et d'en repérer et convoquer d'autres pour les mettre en garde, expliquait un des membres du pôle en 2004. En France, entre janvier et avril 2005, une trentaine de salles de prière, 150 commerces, et une quarantaine d'autres structures ont été contrôlés. Une centaine de personnes ont fait l'objet de mesures administratives (dont une trentaine d'expulsions), 70 de poursuites judiciaires et une cinquantaine d'autres procédures.
Ailleurs qu'en France, la Belgique a mis en place depuis 2000 un “plan mosquée” devenu “plan radicalisme”. En Grande-Bretagne, depuis avril 2003, le gouvernement a la possibilité de retirer la nationalité britannique à toute personne ayant la double nationalité et présentant une menace pour le pays. C'est ce qu'elle a fait avec l'imam radical Abou Hamza Al-Masri, après des appels au djihad.
Dans le cadre d'un renforcement de ses lois antiterroristes, Londres envisage de prendre des dispositions contre “l'incitation indirecte” au terrorisme qui concernerait les imams, a précisé, vendredi dernier, le secrétaire d'Etat à l'Intérieur Hazel Blears.
L'Autriche, qui compte 5% de musulmans, a également musclé sa législation. Parmi de nouvelles mesures applicables, le 1er janvier prochain est prévue l'expulsion des imams dont les discours seraient “un danger pour la sécurité publique”. Une loi entrée en vigueur au début de l'année en Allemagne doit théoriquement faciliter l'expulsion “d'incitateurs spirituels de désordre”, mais la procédure est longue. Récemment, la Cour constitutionnelle s'est opposée à l'expulsion d'un imam turc surpris par des journalistes en train de qualifier dans un prêche les Allemands d'athées “puants” et “inutiles”.
Un durcissement dans tout le continent
L'Espagne, durement touchée en mars 2004 par le terrorisme islamiste, ne dispose pas pour l'instant de réglementation spécifique. Aucun registre recensant les mosquées et les imams n'existe à ce jour.
Mais le ministre de l'Intérieur a annoncé la semaine dernière que l'Espagne “ne pouvait pas tolérer des discours qui servent d'engrais au terrorisme”, préfigurant un possible durcissement du droit espagnol.
L'Italie, clairement menacée par des groupes islamistes exigeant son retrait d'Irak, ne dispose pas non plus de mesures spécifiques aux propos haineux. Le ministre de l'Intérieur est le seul à pouvoir demander par décret l'expulsion d'un imam, une décision susceptible de recours.
D'autres pays d'Europe du Nord en particulier, soucieux de ne pas empiéter sur la liberté d'expression, ont choisi pour l'instant de ne pas prendre de dispositions particulières, préférant résoudre les problèmes au cas par cas. La Norvège par exemple s'escrime depuis deux ans à trouver les moyens de renvoyer en Irak Mullah Krekar, un Kurde fondateur du groupe islamiste Ansar Al-Islam, qui a qualifié Oussama Ben Laden de “joyau de l'islam”.
Y. K.


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