L'une des raisons à l'origine de cette tension a trait au retard qu'accusent les opérateurs dans le dépôt de leurs programmes d'importation auprès de la direction de la pharmacie. La baisse de plus de 24% de la valeur des importations durant les cinq premiers mois de l'exercice en cours vient corroborer les récurrentes pénuries qui ciblent le secteur du médicament en Algérie depuis l'année 2016. La réduction de la facture de 547 millions de dollars à la même période de l'année 2018 à 415 millions de dollars en 2019 prouve clairement la décision de rationaliser les approvisionnements du marché prise par les pouvoirs publics. Le ministère de la Santé a été instruit, compte tenu de la crise qui secoue le pays, de réviser à la baisse ses dépenses en produits pharmaceutiques. Ce qui a engendré de fortes perturbations dans la couverture de la demande nationale. Des observateurs, très au fait du marché, s'accordent à dire que le nombre de médicaments, toutes classes thérapeutiques confondues, touchés par cette tension, avoisine les 200 produits. Le Syndicat national des pharmaciens d'officines (Snapo) parle, quant à lui, de 250 produits pharmaceutiques, jusqu'à janvier 2019. De ce total, 130 sont sous pression, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas disponibles en quantités suffisantes et pas dans toutes les pharmacies. L'on cite des médicaments traitant des maladies ophtalmologiques et certaines maladies chroniques. Les 120 autres restants sont en rupture totale. La tutelle a fini par reconnaître l'existence de cette pénurie de médicaments ; problématique qu'elle traite avec tous les intervenants sur le marché dans le cadre du comité de veille réinstallé, il y a quelques mois. Les membres de cette cellule ont arrêté un plan d'action à même de réduire toutes ces perturbations. Parmi les mesures prises, on peut citer l'avancement des délais pour l'octroi des programmes d'importation, ainsi que les avenants. Car l'une des raisons à l'origine de cette tension sur le médicament a trait au retard qu'accusent les opérateurs dans le dépôt de leurs programmes d'importation auprès de la direction de la pharmacie. Et la signature de ces programmes par le ministère de la Santé a été indubitablement retardée, avec tout ce que cela a induit comme méfaits sur le marché. Une chose est certaine : pour plus de 158 produits dont les stocks sont insuffisants, les programmes d'importation ont été déjà accordés aux mois de juin et de juillet. Et si un importateur a réalisé son programme à environ 65%, il peut bénéficier d'un avenant. "À fin juin, 105 demandes de déport d'avenants ont été effectuées", indique le Dr Chafik Raham, vice-président national du Snapo. L'autre facteur qui a causé ces tensions concerne la défaillance de certains producteurs locaux qui ont décidé de ne pas fabriquer leurs produits, étant donné le large différentiel entre le coût de revient et les prix réglementés par l'Etat. Certains fabricants produisent effectivement à perte. Cela reste insoutenable pour un investisseur. D'autres souffrent d'un manque flagrant d'intrants, interdits à l'importation. Par ailleurs, politique sociale oblige, la révision des prix est difficilement envisageable. Une révision à la hausse des tarifs risque de rendre difficile l'accès aux médicaments aux malades et de vider dans le même temps les caisses de la Sécurité sociale en termes de remboursement. "Vu que les revenus du pays ont baissé, on constate que des instructions ont été données pour la rationalisation des dépenses du médicament. Or, au contraire, dans un secteur pareil, la tendance en termes de consommation de la population doit être à la hausse", estime le Dr Chafik Raham. Pour lui, les quelque 38 millions d'Algériens qui ont accès aux soins et aux médicaments et le million de naissances enregistrées chaque année constituent deux paramètres qui doivent justifier impérativement la hausse de la facture du médicament. D'autant plus que c'est la santé du malade qui est engagée. L'autre problème qui doit être réglé est l'augmentation de la part de la production nationale dans la couverture des besoins du pays. Elle est évaluée actuellement à près de 55%. Et l'Etat veut la porter à 70%. Un objectif irréalisable pour le moment.