Le nouveau président élu, Abdelmadjid Tebboune, veut-il perpétuer la tradition ? Comme ses prédécesseurs, de Ben Bella à Bouteflika, en passant par Boumediene, Chadli et Zeroual, Abdelmadjid Tebboune, sitôt intronisé à la tête de l'Etat, a, de nouveau, décliné ce qui constitue, à ses yeux, la priorité pour résoudre la crise nationale : la révision de la Loi fondamentale. Mais Abdelmadjid Tebboune ne précise ni la manière dont le texte sera élaboré, encore moins la manière dont il entend l'adopter dans un contexte marqué par la persistance de la défiance du mouvement populaire et l'illégitimité des institutions en place, à commencer par le Parlement et le Conseil de la nation contrôlés par une majorité de parlementaires composés des deux partis, le FLN et le RND, en l'occurrence, rejetés par les Algériens. Seule indication révélée lors de sa première conférence de presse, au lendemain de l'élection : seront associés à l'élaboration de la nouvelle mouture des universitaires, des intellectuels, des spécialistes et des membres de la communauté nationale établie à l'étranger. Si a priori le souci des inspirateurs de son programme est de combler les lacunes apparues dans la Constitution de 2016, comme l'a montré le fameux article 102, entre autres, et de "garder la main" sur certaines dispositions clivantes dans la société, comme la place de la religion, la langue ou encore l'égalité entre la femme et l'homme, il reste que la précipitation à changer la Loi fondamentale cache mal la hantise du pouvoir à devoir passer par la case d'un processus constituant. Car de l'avis de tous, et notamment les juristes, le problème n'est pas tant dans la Constitution autant qu'il est dans le non-respect de ses dispositions. Ce n'est sans doute pas sans raison qu'Abdelmadjid Tebboune a insisté, lors de son discours d'investiture, sur son engagement à satisfaire "ce qui reste des revendications du mouvement populaire conformément à la Constitution et aux lois". En décodé : l'organisation d'une transition, la mise en place de mécanismes devant la conduire, l'acceptation d'un processus constituant devant aboutir à terme à une nouvelle architecture institutionnelle consacrant l'Etat civil, comme réclamé par la rue, ce n'est pas dans l'agenda du pouvoir. C'est peut-être ce qui explique son silence sur la dissolution des Chambres parlementaires et son refus d'évoquer les forces sur lesquelles il compte s'appuyer pour mener son chantier. Mais on sait ce qu'il est advenu de la Constitution de Ben Bella qui a court-circuité l'Assemblée constituante pour confier l'adoption du texte aux membres du FLN au cinéma "Atlas", tout comme celle de Boumediene, de Chadli, de Zeroual, ou encore de Bouteflika.