Au salut final, ils étaient bien une quarantaine de comédiens égyptiens sur scène. C'est dire que le théâtre national d'“Oum Ed'dounia” n'a pas lésiné sur les moyens, humains et matériels, pour présenter au public algérien la pièce écrite par Alfred Faraj et mise en scène par Nour El Cherif qui y tient le rôle principal. El Amira oua essou'louk n'est pas seulement un des contes des Mille et une nuits, dont elle est l'une des nombreuses réécritures. Bien que plantée dans un décor fait de palais des temps dont on ne saura jamais s'ils ont existé, cette création théâtrale se réfère à une actualité qui perdure tant que dureront les contradictions et les injustices humaines. Cette pièce, jouée à l'occasion de la semaine culturelle égyptienne en Algérie, pose des questions bien réelles au sujet de préoccupations qui sont loin d'être le fruit parfumé de l'imaginaire du mystérieux Orient. Tout au long des différents tableaux qui structurent cette pièce, il est plus question de la censure des écrivains, de l'exil, de l'amitié, du concept même du pouvoir, et, bien entendu, l'amour qui ne finira jamais de tisser intrigues, de provoquer infidélités et promesses de repentir, et soutirer soupirs et rêves insensés. Car le rêve tient une place importante dans le texte d'Alfred Faraj, mais vite rattrapé par la dure réalité des choses de la vie. Nour El Cherif, scribe qui ne se contente pas de retranscrire la Moqadima d'Ibn Khaldoun, à laquelle il y rajoute ses propres annotations, est recherché par la police. Doit-il fuir ? Il choisira la mendicité à la place de l'exil ! Le célèbre comédien égyptien dira à la fin de la représentation qu'“un intellectuel ne doit en aucun cas quitter son pays quelles que soient les situations”. Mais l'acteur né en 1946 et qui débuta en 1967 dans Le palais des désirs, une adaptation de la trilogie de l'écrivain Naguib Mahfouz, Nour El Cherif, apportera, au hasard des questions, cette précision qui vaut son pesant de déchirements algériens. “J'ai été surpris par ce texte d'Alfred Faraj qui vit de manière presque continue en Angleterre. Je ne pouvais pas me douter qu'il puisse s'intéresser à des sujets aussi proches de la réalité du monde arabe.” N'est-ce pas d'actualité dans un pays qui a tant vu d'hommes de culture qui sont partis ? S'agit-il d'une amabilité bien orientale quand la vedette, bien connue en Algérie par la grâce des feuilletons, déclare : “Certains passages n'ont pas suscité les mêmes réactions chez le public égyptien et algérien. Ce sont ces passages qui interpellent la raison non les sentiments qui ont plus fait réagir les Algériens. Et je m'en réjouis.” Entre la réalité et le rêve, les frontières sont très souvent bien diffuses. Diluées dans les contes superbement reproduits par la troupe du Théâtre national égyptien à laquelle se sont joints, pour l'occasion, des étudiants de l'Institut national des arts dramatiques et de l'audiovisuel de Bordj El Kiffan. El Amira oua essou'louk convoque plus le présent qu'un passé toujours idéalisé. S. B.