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Roqia : le business de la bonne foi
Charlatans et escrocs font concurrence aux psychiatres
Publié dans Liberté le 19 - 11 - 2006

À côté des librairies islamistes et des boutiques fashion ou austères de vente de qamis et de hidjabs, se répand un nouveau genre de commerce : les cabinets de roqia. Leurs mentors ne ressemblent guère aux talebs d'antan. Ils sont jeunes, affichent une mine et des convictions intégristes et ont un grand sens des affaires. Ils appliquent des honoraires qui n'ont rien à envier aux tarifs des consultations médicales. Une séance
de roqia élémentaire (lecture de versets du Coran) coûte au minimum 200 DA.
Le jeune homme qui nous ouvre la porte est revêtu d'une blouse blanche d'infirmier. Informé de la nature de la consultation, il nous oriente vers l'une des salles d'attente. Le compartiment est dissimulé derrière un rideau à fleurs. Il est réservé aux femmes. Quatre sont assises sur des chaises bordant la pièce. Leurs têtes sont ceintes par des foulards. Pour les visiteuses n'ayant pas pris soin de se couvrir, un fichu est accroché au mur. Le “raqi”, très rigoriste, n'aime pas trop recevoir dans son bureau des femmes ayant les cheveux aux quatre vents et le cou apparent. Lui-même affiche ostensiblement ses convictions. Portant un qamis de couleur noire, son visage est mangé par une longue barbe. Sur son front se distingue l'empreinte sombre du prieur assidu. Tout en expliquant les vertus de la roqia, il évite de nous regarder dans les yeux. Cette thérapie, dit-il, a le don d'apaiser les esprits tourmentés, d'exorciser les démons, de dissoudre les faits de sorcellerie et d'éloigner le mauvais œil. “C'est uniquement en rencontrant la patiente que je peux diagnostiquer son mal”, assure notre hôte. Sa mise relègue à d'anciens temps les talebs enturbannés et décrépits que nos grands-mères consultaient. Âgé d'une trentaine d'années, il mélange subtilement la religion et la médecine, de façon à donner à son discours, mais surtout à son diagnostic, un aspect cohérent et convaincant. Les palpitations, l'oppression pulmonaire, le souffle… sont, selon lui, les signes qui, chez une personne, exigent le recours à la roqia. Sur les nombreux sites Internet dédiés à cette pratique, ce genre de symptômes est mentionné. Des récitations audio de versets du Coran, surtout la sourate du Trône (El Koursi), y sont proposées par des cheikhs, avec l'intention d'aider les consultants à retrouver leur sérénité, voire à conjurer les mauvais esprits. Cette méthode est qualifiée de roqia chariaâ, la seule qui soit admise conformément à la sunna. Notre raqi, comme nombre de ses acolytes d'ailleurs, préfère dissoudre l'ombre de Satan dans de l'eau. Dans la salle d'attente, chacune des patientes est munie d'une bouteille remplie à ras bord. “À l'arrivée de l'été, je fais mes provisions d'eau car le cabinet ferme durant les vacances”, avoue une des femmes. “Le cabinet” fonctionne comme n'importe quelle officine médicale. Les horaires des consultations sont affichés sur la porte d'entrée. Des rendez-vous peuvent être pris par téléphone, soit en formant un numéro fixe ou un portable. Sans trace dans l'annuaire des autorités sanitaires, l'établissement est situé en plein-centre d'Alger, à la place du 1er-Mai, en face d'une des entrées du centre hospitalo-universitaire Mustapha-Bacha, et tout près d'un commissariat. Une grande enseigne couvre une partie du balcon de l'appartement situé au second étage d'un immeuble. Sur l'annonce, la mention de la roqia occupe une place prépondérante. La carte de visite très rudimentaire, quant à elle, porte l'intitulé suivant “Traitement naturel par les plantes médicinales, la ventouse, le miel et les huiles médicinales”. Si la pratique de la saignée (hidjama) est saisonnière et suivant le calendrier lunaire, la roqia est servie au quotidien, hormis le vendredi. Les praticiens ont chacun sa spécialité. Le raqi est, sans commune mesure, le plus rentable. Et pour cause, sans que le tarif des consultations soit rendu public, les consultants des deux sexes savent, de bouche à oreille, que le montant “des honoraires” ne saurait être au-dessous de la barre de 200 dinars. “C'est le minimum !” apprend une patiente à une autre. Cette dernière, une femme d'un certain âge, est à sa seconde consultation. “Je viens le voir car je suis nerveuse”, confie-t-elle. Satisfaite, elle assure qu'après une première séance de roqia, elle se sent déjà beaucoup mieux. Sa voisine ne compte pas le nombre de visites. Elle est fidèle au cabinet depuis deux ans. Chaque semaine, elle se déplace de Bachdjarah jusqu'ici. Victime de dépression nerveuse, elle affirme avoir consulté plusieurs psychiatres et pris une tonne de médicaments, au point de faire souffrir son colon. Au comble du désespoir, sa destination fut ensuite les raqi de son quartier. “Mais aucun d'eux ne m'a soulagée”, relate la visiteuse. Sa sœur qui a eu l'adresse par le biais d'une voisine, la conduit finalement à l'appartement du 1er-Mai. Même si elle estime être guérie, elle ne veut guère renoncer à ses séances. Le guérisseur l'encourage d'ailleurs à revenir le voir afin de prévenir des rechutes éventuelles. À la place des antidépresseurs qu'elle prenait pour vaincre sa dépression, la malheureuse a fini par développer une autre dépendance : à la roqia. L'eau “bénite”, dont elle s'abreuve par petites doses, lui donne une sensation de bien-être. Selon le diagnostic du raqi, il ne s'agit point dans son cas de dépression, mais de sorcellerie. “Si vous saviez ce que j'ai enduré”, commente-t-elle sans plus de détails, le regard encore terrifié. Outre l'eau, elle a eu droit à une autre potion — magique ! — composée de miel. Le petit pot coûte 1 600 dinars. Trois sont mis en exposition sur le bureau du guérisseur. Quelles en sont leurs vertus ? En ont-ils ? Personne ne sait, sauf les adeptes de la roqia. Ses mentors en ont profitent autrement. Brassant des millions de dinars, les cabinets comme celui du 1er-Mai exhibent leur petit business sans que leurs agissements interpellent les pouvoirs publics. Rares, en effet, sont ces “docteurs de l'âme” agissant dans la clandestinité. À Bab El Oued existe un herboriste qui a aménagé dans son arrière-boutique une consultation de roqia. Des opérations de saignée y ont également lieu. Une femme en hidjab, tenant la caisse, nous désigne du menton un petit couloir sombre. La cloison séparant le magasin du “cabinet” est une rangée d'étagères sur laquelle une grande variété d'herbes médicinales est entassée. Juste derrière, un petit compartiment d'attente est aménagé. Le lieu est lugubre. Il y a là quelques chaises éventrées et un lit tapissé d'un vieux matelas crasseux. De notre place, nous entendons des incantations. Le patient est un petit garçon. Au bout de quelques minutes, celui-ci exprime l'envie d'aller jouer. Puis arrive notre tour. Nous expliquons au guérisseur que nous réclamons son aide au profit d'une parente malade. Faisant montre d'une grande disponibilité, le locataire des lieux étale son savoir-faire. Il dit pouvoir distinguer un individu envoûté d'un autre malade d'ordre physique ou psychique. Si le patient est victime de troubles psychologiques ou psychiatriques, il tient à ce qu'il continue à prendre ses médicaments. N'étant pas exclusif, il pense que le traitement médical et la roqia sont tout à fait complémentaires. Sa roqia distingue plusieurs prestations. Outre l'eau et le miel, il propose des frictions à base d'huile d'olive. Selon lui, ce genre de soins est préconisé dans la guérison d'un tas de maladies, y compris le diabète. Par quel miracle cela peut-il se produire ? Mystère ! Dans le cabinet du 1er-Mai, la liste des maux que les médications fournies guérissent est hallucinante. Y figurent, pêle-mêle, le cancer, la stérilité, l'impuissance sexuelle, l'hypertension… À Douéra, un autre gourou de la roqia est réputé pour effectuer des scanners manuels, en palpant le corps des patients. Le prix de cette imagerie n'aurait rien à envier aux tarifs des laboratoires. À Bab El Oued, le raqi procède également à des saignées. Le kit des ventouses est disposé en plusieurs exemplaires sur une étagère derrière son bureau. Le matériel, en provenance du Moyen-Orient et des pays du Golfe, est en vente dans les échoppes spécialisées, en prolifération dans les grandes villes. Dans ces drugstores tenus par des islamistes, on y trouve de tout : des qamis, des potions médicinales ainsi que les fameux packages de la hidjama. Un seul coûte 3 000 DA. Souvent, les saignées, qui consistent en l'aspiration du sang dit mauvais, se déroulent dans des conditions d'hygiène déplorables. Le réduit très malpropre où officie le raqi de Bab El Oued est tellement rebutant qu'on se demande comment des personnes si soucieuses de leur santé peuvent s'y rendre, offrir leur dos au scalpel douteux du guérisseur et se faire saigner, aux sens propre et figuré. L'intervention coûte jusqu'à 3 000 DA. De leur côté, les séances de roqia sont facturées 200 dinars chacune. Sans se concerter, les spirituals-doctors appliquent une tarification unique. À l'opposé des vrais thérapeutes, ils n'ont pas d'impôts à payer ni de compte à rendre ou des compétences à faire valoir. Se proclamant médecins de la foi, ils n'ont pas de diplômes particuliers. Ils avouent tous avoir appris leur métier sur le tas. “J'ai lu beaucoup d'ouvrages”, affirme le raqi de la place du 1er-Mai. Le Coran est son fonds de commerce ! Quant aux victimes, l'illusion de guérir les amène trop souvent à noyer leur chagrin dans une bouteille d'eau… plate !
S. L.
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