Résumé : Daya a écrit une lettre où elle parle de leur relation impossible. Kamel est révolté. Il lui demande de ne pas renoncer. Le surveillant devine qu'il y a quelque chose et promet d'en parler à Mohand. Daya en est malade. Sa mère veut savoir ce qui la bouleverse autant. - Daya, je ne quitterai pas ta chambre sans avoir eu de réponses à mes questions, insiste Aïcha. Tu comprends que je sois inquiète. Alors ? Que s'est-il passé ? Daya se débarrasse de son oreiller et après avoir essuyé ses larmes, elle lui raconte que le surveillant allait lui poser des problèmes. - Ce n'est jamais arrivé auparavant, remarque Aïcha. Pourquoi ? Que s'est- il passé ? - Il y a un malentendu, dit Daya. Vava sait que je voulais prêter mon dictionnaire à un camarade. Je le lui ai apporté ce matin et on a bavardé à la fin des cours. Le surveillant l'a très mal pris, ajoute-t-elle en reniflant. Il croit qu'il y a quelque chose entre lui et moi. Il va en parler à vava ! - Si tu n'as rien à te reprocher, tu n'as rien à craindre, la rassure sa mère. En revanche, si ce garçon s'est mal comporté avec toi et que tu nous le caches, c'est sûr que ton père se fâchera ! Mais ce sera sans conséquence sur tes études ! - Comment peux-tu l'affirmer ? Tu ignores comment il prendra cette information ? remarque Daya. J'ai vraiment peur. - La prochaine fois, évite les ennuis, lui conseille sa mère. Allez, lève-toi et va te rafraîchir le visage ! Rejoins-moi à la cuisine, je t'attendais pour déjeuner ! Daya obéit à sa mère. Après avoir passé un moment dans la pièce d'eau, elle la rejoint. Elles déjeunent sans discuter. Mohand ne tarde pas à rentrer. En chemin, il est tombé sur le surveillant et ce dernier lui a tout raconté. -C'est vrai ? - Non, il s'agit d'un malentendu, répond Aïcha à la place de sa fille. Elle lui a remis un dictionnaire et le surveillant a trouvé ça louche ! Tu étais au courant qu'elle allait le lui prêter ? - Oui. Il s'agit bien de ce garçon ? - Oui… - Je suis soulagé que ce soit un malentendu, soupire-t-il. Je m'en doutais un peu. Notre fille est bien élevée ! Elle ne nous décevrait pas ! Daya sait qu'elle vient d'échapper de justesse à la colère de son père. Elle décide d'être plus prudente la prochaine fois. Durant les deux semaines, elle passe son temps à lire et à regarder la télé. Elle ne révise presque pas, certaine de tout connaître. Parfois, il lui arrive de penser à Kamel. Elle l'imagine traîner dans le coin dans l'espoir de l'apercevoir. Les fenêtres de leur maison donnent sur la cour à son grand regret. - C'est mieux ainsi, se dit-elle, sinon je serais tout le temps à regarder dehors ! - Voilà maintenant que tu parles toute seule, remarque sa mère, assise à l'ombre, dans le coin de la cour. Ou me parlais-tu ? - Oui, ment Daya. Vava n'a pas dit quand on ira en ville pour m'acheter une tenue ? - Si, c'est prévu pour tout à l'heure. Daya se prépare pour cette sortie avec son père. Elle fait quelques- achats pour être présentable lors de l'examen du BEM. Ces jours-là, elle et Kamel n'auront pas à s'éviter vu que classés par ordre alphabétique, pour la première fois depuis des années, ils n'étaient pas dans la même classe. Dans la cour, se sentant observée par le surveillant, elle reste avec des filles de sa classe, pour que Kamel ne l'approche pas. Elle ne veut pas avoir à mentir une nouvelle fois. Si son père l'a cru une fois, rien ne dira qu'il la croira encore. Si l'incident se répète, il finira par avoir des doutes. Il est impératif pour eux que leur relation reste secrète. Une fois à la fac, ils pourront se voir. Daya a confiance en eux. Pourquoi gâcher leurs chances, maintenant ? Kamel doit comprendre et accepter de se tenir loin d'elle pour qu'ils puissent se retrouver un jour. Lorsqu'elle finit le dernier jour, elle ne s'attarde pas dans la cour et décide de rentrer à la maison. Elle n'est pas surprise de croiser Kamel sur son chemin. Ils ne se parlent pas mais le message dans leurs yeux est le même : “Je t'aime” Quand elle rentre à la maison, elle est si radieuse que sa mère la prend dans ses bras. - Qu'y a-t-il ? - J'ai bien travaillé, yemma ! Tu seras fière de moi. Je suis sûre d'être classée parmi les meilleurs ! Aïcha la croit. Les résultats affichés trois semaines plus tard le confirmeront. Elle a la troisième meilleure moyenne. Ses parents sont si fiers d'elle qu'ils donnent une petite fête. Tous sont là sauf l'élu de son cœur. Cela gâche un peu sa joie car elle ne l'a pas vu aujourd'hui. A. K. (À suivre)