“Je ne démissionnerai pas”, nous lance Benflis à partir de Nouakchott. En théorie, le FLN est majoritaire absolu du Parlement algérien. Si donc une autre politique que celle du FLN s'impose au Chef du gouvernement c'est qu'il consent, par faiblesse, à appliquer une autre orientation que celle de son parti électoralement, ou frauduleusement, triomphant. La cupidité de nos politiques les oblige à la prudence : ils n'osent pas agir et nous prennent à témoin de leur bonnes intentions. Benflis voudrait donc être perçu en opposant. A Bouteflika, mais pas au régime dont ils sont tous deux les premiers représentants. A nous, citoyens sans cesse leurrés, l'image d'un pouvoir pluriel et discordant. à eux, sérail immuable, la réalité d'un régime consensuel et dominateur. S'il y avait tant de potentiel défensif dans la classe politique, le Président n'aurait pas tenu quatre ans. Ne nous y trompons pas, l'essentiel, pour eux, est ailleurs. Il est dans le consensus sur la nature du pouvoir. Cette nature consiste en ceci : le vainqueur parmi les clans recueille l'adhésion sonore, sinon le consentement silencieux des “familles”, l'important étant que le peuple croit que ce sont ses meilleurs représentants qui le tiennent en laisse. Oui, l'essentiel est ailleurs, le jour même où le Premier ministre nous prévient, sur un ton du défi, qu'il ne fera tout simplement rien, le pouvoir, comme pour narguer la commémoration du déclenchement des évènements sanglants de Kabylie, procède à la levée d'écrou pour le gendarme qui a tué Massinissa Guermah. Les luttes du sérail, qu'on nous joue en ombres chinoises, pour nous faire passer le temps, ne perturbent jamais l'harmonie qui maintient le régime dans ses interchangeables versions. Les jeux feutrés et les ambitions timorées du sérail ne contrarieraient pas les calculs de Bouteflika : la scène politique officielle et préfabriquée, c'est pour l'innocente galerie qui, à chaque fois, croit avoir choisi ses nouveaux despotes avant de s'en défier au profit du successeur programmé. Bouteflika le sait. Le seul geste politique de son mandat s'adresse aux activistes islamistes et en particulier les terroristes, choisissant de réprimer l'expression citoyenne et d'ignorer les états d'âme de ses soutiens coalisés. Ils n'étaient pas nombreux dans le système, “opposants” compris, à relever le contraste entre une révolte civile réprimée et un terrorisme cajolé. Si, aujourd'hui, quelqu'un regrette son soutien à Bouteflika, il a le devoir de se rappeler sa spontanée offre de service. Il se trouve qu'entre l'anniversaire du mouvement citoyen et l'élection présidentielle, interviendra la libération de Ali Benhadj. En juin prochain, l'islamisme retrouvera son parangon zélé. Douze ans après l'insurrection de juin 1990, le pouvoir préfère attendre de composer avec les forces qui disposent de capacités de nuisance. Ni les revendications citoyennes ni les prétentions des “acteurs” ne comptent encore. M. H.