Pays de transit ou de consommation ? On s'est sans doute trop interrogé ces dernières années sur le statut de notre pays en matière de trafic de drogue. D'autant plus que les saisies ont connu des hausses vertigineuses pour atteindre en 2011 une quantité estimée à plus de 53,3 tonnes de résine de cannabis, soit en hausse de plus de 98% par rapport à 2010. La réponse serait toutefois négative si l'on se référait aux avis des spécialistes. Ces derniers ne changent pas d'opinion et assurent que l'Algérie reste une zone de transit de la drogue vers le continent européen, affirmant au passage que les narcotrafiquants sont beaucoup plus portés vers le marché occidental, à leurs yeux plus rentable. «Non. Nous n'avons pas atteint le stade de pays producteur», tranche le commissaire divisionnaire Djilali Boudalia, de la Sûreté nationale. Tout a commencé dans les années 1990 qui ont vu les services de la police et de la Gendarmerie nationale découvrir des cultures de cannabis et d'opium. Cependant, ces champs étaient destinés essentiellement à la consommation personnelle. Mais, depuis, les choses ont évolué, dans le mauvais sens s'entend, car de nouvelles zones productrices sont apparues dans certaines wilayas, telles Blida, Alger, Mostaganem, Béjaïa, Boumerdès et Tizi Ouzou. Et ce n'est pas pour rien que l'Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie trouve des similitudes avec le modèle marocain, du moins dans son état embryonnaire. L'ONLCDT ne manque pas, à cet effet, de tirer la sonnette d'alarme et souligne, à ce sujet, que des «tentatives réelles» existent dans l'esprit de personnes malveillantes pour cultiver ces substances dangereuses et ce, en dépit des efforts déployés de la part des services de sécurité pour contrarier les visées des narcotrafiquants. Au début, les grains d'opium étaient approvisionnés du Maroc et de la Turquie. Mais aujourd'hui, il semblerait que de nouvelles filières ont vu le jour et les trafiquants ont recours aux pays subsahariens. Les découvertes des champs de culture de cannabis et d'opium et les saisies des grains, herbes et autres pavots à opium constituent un indicateur révélateur des intentions des uns et des autres pour cultiver la drogue dans notre pays et montrent l'ampleur prise par ce phénomène. Pour preuve, les services de sécurité ont mis la main l'année dernière sur 1 019 plants de cannabis et 340 plants d'opium dont une grande partie des saisies a été opérée à Adrar, le reste ayant été découvert à Béjaïa. En outre, près de 40 kg de graines de cannabis et 850 g de pavot d'opium ont été récupérés alors qu'en 2010, 3 163 plants de cannabis et 868 plants d'opium ainsi que 4,8 kg de graines de cannabis ont été saisis par la police et la Gendarmerie nationale. Si l'on compare la situation de 2011 avec celle de 2010, on constate une hausse de 700% concernant les grains de cannabis contre une baisse de 67% en termes de saisies des plants de cannabis. Pour les cinq premiers mois de cette année de 2012, les statistiques font état de la saisie de 205 plants de cannabis.