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Le corporatisme : un mal français
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 31 - 03 - 2010

La chronique du jour va en évoquer une autre. Pas l'une des miennes mais celle d'un distingué confrère. Il s'agit d'Eric Le Boucher qui dirige le mensuel Enjeux Les Echos, publie des opinions dans le quotidien Les Echos et fait partie des fondateurs du très stimulant site Slate.fr. Autant vous dire tout de suite que je ne partage que très rarement les opinions conservatrices (sur le plan politique) et libérales (sur le plan économique) de ce journaliste.
Pourtant, le texte dont il est question m'a laissé songeur et m'a même renvoyé à mes interrogations permanentes à propos de l'Algérie. Mais de cela, il n'en sera question qu'à la fin du présent papier.
De quoi s'agit-il ? De la France, bien sûr, du «pays des gens malheureux» selon le titre de sa chronique(1). Un pays de paradoxes puisqu'il affiche les dépenses sociales les plus élevées du monde alors que sa population, du moins une bonne partie d'entre elle, déprime, se gave d'antidépresseurs et balance sans cesse entre «l'abattement et la colère». Et de citer tous ces termes que l'on retrouve dans les éditos matinaux, notamment ceux qui ont expliqué les motivations du vote – ou de l'abstention - lors des dernières élections régionales. «Désillusion», «détresse», «vulnérabilité», «peur du déclassement», «angoisse». Stop, n'en jetons plus, il ne manque que «dégoûttage» et «koukra», ces deux trouvailles algériennes pouvant parfaitement décrire un peuple grincheux qui donne l'impression de tourner en rond en maugréant.
Avant même de lire la chronique en question, j'avais soigneusement classé l'entretien accordé au quotidien Le Monde par Jean Paul Delevoye, le médiateur de la République (2). Il y décrivait une France au bord de la crise de nerfs, «fatiguée psychiquement», en phase de «fragmentation» voire de «dislocation» et minée par l'égoïsme et l'individualisme. Bigre ! J'ajouterai, en les citant de mémoire, des propos tenus il y a quelques années par l'écrivain Daniel Rondeau. Ce dernier m'avait expliqué en avoir «plus qu'assez d'une France dépressive et égotique» et je pense toujours à ce jugement quand j'entends nombre de chanteurs français, de jeunes chanteurs, murmurer leur spleen sur fond de sombre rengaine.
Le Boucher rappelle ces chiffres : 73% des Français ont peur de la mondialisation contre à peine 20% de Danois, 38 d'Allemands et 40% d'Italiens. Des statistiques édifiantes mais qui n'expliquent pas à elles seules le mal français. Car il s'agit bien d'un mal et non d'une posture. J'ai longtemps cru que tout cela n'était que récriminations de façade, une manière de râler sans vraiment y croire, de se composer une attitude en étant mû par un vieux fond paysan qui exhorte, par prudence et par peur des mauvais sorts, de ne jamais reconnaître que les choses vont bien. Nombre d'études, de sondages mais aussi d'enquêtes sociologiques prouvent le contraire. Les Français perdent le sourire, endurent une mal-vie et, surtout n'accordent plus leur confiance. Seuls 25% d'entre eux «font confiance aux autres» et 62% d'entre eux estiment qu'il est normal de berner un système qu'ils jugent perverti pour ne pas dire corrompu.
D'où viennent ce mal et cette perte de repères moraux ? Le Boucher cite deux chercheurs, Yann Algan et Pierre Cahuc, pour qui tout remonte à la défaite de… 1940. Ce serait à partir de cette date que les Français auraient pris la décision de ne plus faire confiance. Ce n'est pas la première fois que la déroute de 1940 est au centre d'une telle analyse. C'est même aussi, affirment certains historiens, l'une des raisons de la défiance des Américains vis-à-vis des Français (jusqu'à cette date, l'opinion américaine était plutôt laudative à l'égard d'un peuple qui s'était battu avec héroïsme dans les tranchées de 14-18).
Le Boucher a une autre explication. Pour lui, le mal remonte au modèle qui s'est mis en place en 1945. Un modèle étatiste et corporatiste qui a fait naître des rentes de situation et qui a segmenté la société. «La France des statuts n'accepte pas le traitement égal de tous», relève le journaliste. Finalement, le mot «Egalité» inscrit aux frontons des mairies ne signifierait plus grand-chose car, en réalité, le modèle français serait aussi une somme inouïe de passe-droits, de privilèges et donc, au final, de corruptions et de prébendes. J'ai du mal à accepter l'idée que l'Etat ne soit pas le meilleur acteur pour instaurer et défendre la justice sociale. Mais il est vrai aussi qu'allouer des droits particuliers à chaque segment ou à chaque catégorie professionnelle est la meilleure garantie de générer l'envie, la jalousie, autrement dit ce que l'on appellerait chez nous la «hssada». Et c'est ainsi que l'Etat divise, met en compétition et aboutit finalement au résultat inverse.
En proclamant que nous étions tous égaux mais en créant des cohortes de pistonnés légaux - ne parlons pas des autres - l'Algérie s'est peut-être engagé elle aussi dans cette voie qui conduit à la dislocation. Logements pour les uns, voitures de fonction pour les autres, coupe-file pour untel, carte de coopérative pour le voisin du dessus, bons pour celui du bas : dès le départ, cela a faussé les relations sociales et fait ressentir à tout un chacun que l'égalité proclamée n'empêchait pas que certains soient in et d'autres, plus nombreux, out. Bien entendu, il y a d'autres raisons qui font que l'Algérie est aussi un pays de gens malheureux. Mais, à l'heure du réveil - que chacun de nous appelle de ses vœux car nous y croyons tous même si personne ne voudra le reconnaître – il faudra se souvenir qu'un bon modèle social ne peut se bâtir sur des privilèges corporatistes.
(1)-Les Echos, 19 mars 2010.
(2)- « Jean-Paul Delevoye : Je suis inquiet, le chacun pour soi a remplacé l'envie de vivre ensemble », 20 février 2010.


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