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La Palestine trahie
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 17 - 12 - 2020

«La paix basée sur l'égalité et la justice passe avant tout par la fin de l'impunité d ́Israël. Il faut un boycott politique, économique, sportif, moral à l'image de celui qui a fait plier le régime de l'Apartheid» (Pierre STAMBOUL)
Ainsi, divers Etats des « pays frères » normalisent leurs relations avec l'entité sioniste. Triste normalisation pour les Emirats Arabes Unis, Bahreïn, le Soudan, le Maroc (après l'Egypte et la Jordanie), faisant peu de cas de leurs peuples muselés et sous la férule et la carotte de l'oncle Sam en proposant d'ignobles marchandages. De la duplicité politique à l'état pur.
Dans son film « America America » (1963), Elia Kazan (Grec par les origines, Turc par la naissance) met en scène des personnages dont des Arméniens subissant le joug des tenants de l'Empire ottoman. Se doutait-il que l'Administration de cette Amérique qu'il vénérait allait porter de rudes coups à un autre peuple ? Jusqu'à décider unilatéralement de faire d'El Qods capitale d'Israël et de proposer des trocs politiques à des régimes honnis par leurs peuples. Décisions autant irresponsables qu'infondées à tous points de vue, notamment de la légalité internationale... Pire : des « pays frères » arabes plantent donc, désormais à ciel ouvert, leurs couteaux dans le dos du peuple palestinien, victime innocente, notamment de la « perfide Albion » (« L'Angleterre n'a pas d'amis ou d'ennemis permanents, elle n'a que des intérêts »). Méditons la leçon.
Rappelons-nous. Tout commence le 2 novembre 1917. Un certain Arthur Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères s'il en fut qui, dans une lettre ouverte, a pu écrire : «Le gouvernement de Sa Majesté voit favorablement l ́établissement d ́un foyer national juif en Palestine» (exit l ́Argentine et l'Ouganda comme projet pour ce faire). Pour rappel également, l ́ONU adopta la résolution 181 partageant la Palestine en un Etat juif (56% des territoires pour seulement un tiers des habitants Juifs et le reste -48% des terres- pour les deux tiers d'habitants arabes). Ce, avec un statut international pour Jérusalem. Pour les Palestiniens, c ́est la Naqaba, la catastrophe. C‘est la destruction de leur société et de leurs villages suivie de l ́exil de la grande majorité de la population. Dès l'origine à ce jour, les Palestiniens vivent la marginalisation, les discriminations, les assassinats «ciblés», la misère... La question palestinienne se doit d'être le problème de tous les esprits épris de justice et de liberté pour les peuples autant que pour les individus. Il s'agit tout de même de l ́expulsion de tout un peuple de sa terre.
Et depuis plus d ́un siècle, le sionisme applique la même stratégie : s'emparer des terres et institutionnaliser le fait accompli afin de marginaliser le peuple palestinien. Et pourtant en Palestine, et ailleurs dans les pays arabes du Machrèk comme du Maghreb, la communauté juive vivait paisiblement avec les Arabes de façon générale et les Palestiniens de façon particulière. Peuple innocent, le peuple palestinien a été également trahi par les dirigeants des pays arabes. Ainsi, la guerre de 1948 a entraîné 800.000 expulsés (plus de la moitié de la population arabe de Palestine) et des villages entiers ont été effacés de la carte de la Palestine (plus de 500). Ceux qui ont pu échapper à l ́expulsion forment aujourd ́hui avec leurs descendants environ 15 à 20% de la population israélienne et vivent dans un Etat qui se définit comme juif, les ignorant superbement. Et pratiquant à ce jour une colonisation condamnée par les instances internationales comme par les Etats.
Cette duplicité qui ne dit pas son nom continue. Ainsi, l ́Egypte a commencé dès le 1er mai 2008 ses livraisons de gaz à Israël. Elle s ́était engagée à lui livrer 1,7 milliard de mètres cube de gaz par an durant 15 ans au moment même où Ghaza, sous embargo israélien, n ́avait pas d ́électricité ! Et, en cela, on aura raison de dire qu'on ne saurait être plus arabe que les arabes eux-mêmes, d'autant qu'un certain nombre d'entre ces pays « frères » se dévoilent désormais au grand jour pour « normaliser » leurs relations avec l'entité sioniste, jusque là souterraines pour consolider et pérenniser leurs régimes que l'Histoire ne manquera pas de condamner et de clouer au pilori. Ces monarchies ne tiennent que par leurs pétrodollars et leurs liens avec leur oncle Sam.
Cela étant, les groupes de pression agissant dans les sphères politique, économique et médiatique (pour l'essentiel en Europe occidentale et aux USA) bénéficient en toute vraisemblance d'une marge de manœuvre suffisante permettant une action de nature à effacer définitivement cette injustice flagrante à l'endroit des Palestiniens. Injustice à laquelle ont contribué ces pays. Mais le peuple palestinien continue de souffrir le martyr du fait du sentiment de culpabilité des pays occidentaux sur lesquels un magistère moral est exercé en permanence par ces groupes de pression. Et, faut-il le rappeler, Israël reçoit une énorme aide de toutes natures des Etats-Unis (chaque année quelque cinq milliards de dollars) et autres livraisons d ́armes ?
Et faut-il préciser ici que, de l'intérieur d'Israël même, des voix s'élèvent pour dire non à cette injustice et à l'impunité d'Israël. Ainsi, ce qu'il a été convenu d'appeler les nouveaux historiens israéliens soulignent par exemple la responsabilité de Ben Gourion, entre autres, dans l ́expulsion de plus d ́un demi-million de Palestiniens. L'un d'eux, Ilan Pappé, dont l'un des ouvrages est paru sous le titre : «Le Nettoyage ethnique de la Palestine» ne manque pas de le souligner : «Quand la propagande israélienne répète inlassablement que «les Arabes sont partis d ́eux-mêmes» à l ́appel de leurs dirigeants, il s ́agit d ́un mensonge fondateur destiné à masquer le crime qui s ́est déroulé, il y a 60 ans» (Ilan Pappé : Le Nettoyage ethnique de la Palestine (Ed. Fayard, Paris).
Certains journalistes israéliens ne sont pas en reste dans la dénonciation d'Israël, l'un d'eux écrit: «Deïr Yassin, c ́est ce paisible village que les groupes juifs terroristes Etzel et Lehi avaient attaqué, le 9 avril 1948, en massacrant toute la population : hommes, femmes et enfants. Je ne rappellerai pas ici l ́histoire sanglante des oreilles tranchées, des entrailles répandues, des femmes violées, des hommes brûlés vifs, des corps jetés dans une carrière, ni la parade triomphale des meurtriers» (Israël Shamir: Les chasseurs de vampires Jaffa, le 14 mars 2001 ; cité par L'Expression du 12 Mai 2008).
Et que dire alors de Sabra et Chatila ? De l'invasion du Liban et des massacres de Ghaza ? Alors comment faire la paix dans ces conditions ? Le président Bill Clinton qui a exercé durant deux mandats n'a pas réussi. Le président Barack Obama également. L'Administration américaine du président élu, M. Biden, le pourra t-elle ? Le doute est permis, et pas seulement par référence au coup de Jarnac du président sortant, fantasque et imprévisible à souhait. La politique de la terre brulée.
En effet, pour cette question éminemment urgente, celle de la Palestine, force est d'observer également qu'avec deux mandats, l'action dans la perspective de la paix du président Obama n'a pas eu les résultats escomptés. Et sans aucun doute, sa réélection n'a même pas permis de mesurer les efforts consentis pour à la fois redresser l'économie de son pays (ce faisant l'économie mondiale), mais également à contribuer à résorber les foyers de tensions en Palestine (mais également en Irak et en Afghanistan). Les Etats-Unis y sont pourtant pour quelque chose dans ce chaos. Comment remettre ces pays en l'état, à un moment où, de surcroît, notre Terre gravement menacée par ailleurs comme ne cessent de nous en aviser les experts en écologie. Un auteur américain, William Blum, ayant gravité dans l'Administration américaine en qualité de haut fonctionnaire, expose lucidement les intérêts de cette administration, voire de certaines couches et individualités localisées et liées aux grandes sociétés pétrolières et au complexe militaro-industriel américain. Alors, la question palestinienne aux USA ? Les intérêts, économiques pour l'essentiel, d'abord...
Il est vrai qu'en l'absence de contrepoids sérieux, crédible et efficace dans son opposition à cette même administration, force est d'observer que celle-ci monopolise (pour combien de temps encore ?) la violence à l'échelle planétaire sous le couvert de «mondialisation» et agit de façon fort belliqueuse depuis 1945 afin de mettre toutes les économies considérées comme périphériques sinon à genoux, à tout le moins tournant autour de sa galaxie... Ainsi pour atteindre ses objectifs, l'auteur nous rappelle que l'Administration américaine a été l'auteur de bombardements du Japon (bombe A sur Hiroshima et Nagasaki) et du Vietnam (un million de morts et vingt ans de destruction de ce pays). Elle a utilisé de l'uranium appauvri (qui est radioactif) lors de la guerre du Golfe, ainsi que des bombes à fragmentation (William Blum : L'Etat voyou, éditions Parangon, cité dans ma contribution : «L'Irak : les leçons d'une agression» in El Watan du 6 avril 2008). Il est vrai hélas que l'Amérique s'est bâtie dès l'origine sur la violence : massacre des Amérindiens dont les survivants ont été parqués dans des réserves et traite des Noirs devenus depuis Afro-américains qui n'ont de cesse, à ce jour, de se battre pour leurs droits civiques.
Monsieur Obama a pu dire Yes, we can. Son successeur fait d'El Qods capitale d'Israël. Et pourtant (comme a pu dire Galilée, en son temps), contribuer au règlement de la question palestinienne est un devoir de la plus haute importance, d'autant que les Palestiniens (voire les Arabes et les Musulmans) n'ont pas de lobby qui oeuvrent pour leur cause. Ou si peu. Combien, en effet, la Maison Blanche compte t-elle de collaborateurs et autres conseillers Arabes et Musulmans ?
Oui, la question palestinienne est aussi notre problème, Arabe ou pas. El Qods demeurera éternelle pour tous et non pour une communauté prédéfinie. Elle devrait être la question qui interpelle tous ceux et celles épris de paix, de justice et de liberté en Algérie et à travers le monde. Le peuple palestinien ne doit pas être livré à lui-même. Pas plus que le peuple sahraoui ; à cet égard, le Maghreb divisé plus que jamais recule plus qu'il n'avance pour le plus grand bonheur des puissances du moment.
*(Avocat - Auteur Algérien)


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