L'accusation formulée par le parti de Saïd Sadi contre le tribunal de Bir Mourad Rais d'avoir refusé d'enregistrer ses deux plaintes contre Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Bouteflika n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Parce qu'elle est grave et porte atteinte au sacro-saint principe de l'indépendance de la justice, le procureur de la République a tôt fait de réagir. Dans un communiqué rendu public, hier, A. Bouderbali dément catégoriquement les «allégations» du RCD selon lesquelles le tribunal aurait refusé l'enregistrement de deux plaintes du parti RCD contre Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Bouteflika. «Conformément à la pratique usitée au niveau des parquets de la République et contrairement à ce qui fut allégué à travers le communiqué du RCD, les deux plaintes y furent bel et bien enregistrées sous les références suivantes: 27692/SG/09 et 27694/SG/09 en date du 31/08/2009», explique le procureur de la République. Selon le même document, les plaintes en question «sont présentement à l'étude à l'instar de l'ensemble du courrier réceptionné aux services du parquet à la date sus-indiquée». «Les suites légales qui leur seront réservées seront communiquées à leur auteur au moment opportun, selon les voies d'usage et conformément à la loi», explique-t-on dans le même document. Cette affaire donnera suite, sans nul doute, à une polémique. Pour rappel, le RCD a affirmé, lundi dernier, dans un communiqué publié sur son site Internet, que le tribunal de Bir Mourad Raïs a refusé d'enregistrer ses deux plaintes contre le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, et le candidat à l'élection présidentielle du 9 avril dernier, Abdelaziz Bouteflika. Le RCD a, faut-il le rappeler, voulu porter plainte en diffamation contre Ahmed Ouyahia suite à ses déclarations faites durant la campagne électorale pour la présidentielle du 9 avril 2009 dans lesquelles il a traité de «traîtres» les partisans du boycott. La deuxième plainte contre Abdelaziz Bouteflika était pour «abus des biens de l'Etat pendant la campagne électorale pour la même présidentielle». «C'était dimanche dernier. Les dépôts de plaintes allaient être normalement traités quand a surgi un fonctionnaire qui a arrêté l'opération, arguant du fait que l'identité et les fonctions des personnes concernées nécessitaient des consultations pour savoir si elles étaient accessibles à des poursuites judiciaires», affirme le RCD dans son communiqué, en dénonçant «une justice aux ordres». Le procureur de la République a également répondu à cette accusation en soutenant que la justice respecte le droit et les lois de la République. «Quant aux allégations de subordination, d'injonctions et de dépendance dont feraient l'objet les magistrats algériens, il y a lieu de répondre que la justice algérienne demeure fidèle aux règles et principes dictés par la Constitution en l'occurrence: l'accessibilité à tous, la légalité et l'égalité pour tous. Elle s'exprime par le respect exclusif du droit et des lois de la République», conclut le communiqué dudit procureur. Ces précisions étant faites, il reste à savoir si ce dossier connaîtra des rebondissements dans les prochains jours puisque les plaintes devraient être examinées.