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Grandir en banlieue
Faïza Guène. Romancière
Publié dans El Watan le 19 - 02 - 2009

A 19 ans, elle écrit un premier roman traduit dans 22 langues. Elle en est au troisième, avec la même verve et l'expérience en plus.
Votre dernier roman, Les gens du Balto s'inscrit dans le même univers que celui qui a marqué vos deux premières œuvres, soit une volonté d'exprimer et de transmettre le malaise qui caractérise le quotidien des habitants des banlieues parisiennes ?
Le roman Les gens du Balto s'inscrit dans une forme différente de celle des précédents. C'est un roman polyphonique qui raconte davantage la vie quotidienne de la France moyenne. Ce sont en fait plusieurs portraits de la France populaire et, à ce titre, c'est quand même une continuité de mes deux premiers livres, dans la mesure où je raconte encore la vie de ceux que l'on nomme généralement les « petites gens ».
Après trois romans, pouvez-vous nous relater ou mieux, nous expliquer, plus en détail, votre relation avec l'écriture, depuis l'émergence de l'idée jusqu'à l'achèvement de l'œuvre ?
Depuis l'enfance, l'écriture est pour moi une passion qui relève plutôt de l'ordre de l'amusement et du ludique, et ce, davantage qu'une nécessité thérapeutique, comme c'est le cas de quelques auteurs. C'était un moyen d'expression personnel qui s'est développé assez tôt chez moi puis j'ai réussi à publier mon premier roman grâce à l'entremise d'un professeur de français de mon collège à l'époque. Le succès de mon premier livre a été une vraie surprise pour moi. Je dois préciser que j'écris toujours quand je vais bien, quand je me sens de bonne humeur. Ce qui m'intéresse au fond, c'est d'écrire des histoires d'antihéros, des gens qui ressemblent à vous et moi. Dans ce sens, la dimension sociale est nécessaire aussi. Ma démarche d'écriture consiste à me laisser guider par les personnages plus que par l'intrigue elle-même. Ce sont des tranches de vie dans lesquelles tout le monde peut se reconnaître, qu'il soit immigré ou non.
Vous avez déclaré : « Je ne voulais pas assumer le rôle de porte-drapeau des filles du quartier. Mais je le suis devenue malgré moi. » Pourtant, les héroïnes de vos premiers romans, Darine dans Kiffe kiffe demain et Ahlam dans Du rêve pour les oufs, affirment une certaine sensibilité féministe. Ne pensez-vous pas, au vu de la thématique de ces deux livres, que vous êtes tombée dans le piège du discours féministe ?
Je ne m'inscris en aucun cas dans ce mouvement. Je me mets dans la peau de personnages forts, ce qui est la moindre des choses si on les rend « héros » d'un roman. Décrire un personnage féminin qui a du caractère, ne signifie pas forcément que l'on tient un discours féministe. D'ailleurs, dans mon dernier roman, les personnages féminins en prennent plein la figure, autant que les personnages masculins d'ailleurs.
Certains critiques français qualifient toute littérature écrite par des auteurs issus de familles immigrés d'origine maghrébine de « littérature beur ». Mais, quand il s'agit d'autres auteurs étrangers (du Liban ou des Etats-Unis par exemple), ils se contentent de les qualifier sous le terme générique de « littérature francophone ». Qu'en pensez-vous ?
Je pense que le fait de vouloir toujours cantonner les artistes à leurs origines est une manière subtile de réduire leur talent et donc, d'une certaine façon, d'enlever de la légitimité à leur travail. D'ailleurs quand j'ai voyagé pour présenter mes livres, aux Etats-Unis ou en Chine par exemple, j'étais simplement considérée comme un auteur et non sur la base de mes origines.
Grandir dans les banlieues parisiennes vous a-t-il cependant permis de disposer d'une vision différente du monde ?
Je dirais plutôt « grandir dans une banlieue défavorisée »… Oui, cela fait partie des choses qui ont forgé ma personnalité et ainsi dessiné ma vision du monde. Mais je peux affirmer que de la même façon, mon éducation et ma culture ont aussi nourri cette vision. Il est certain que grandir en banlieue et côtoyer au quotidien une grande mixité culturelle constitue une vraie richesse.
Les banlieues parisiennes sont surtout connues par des célébrités dans la musique (raï, rap et R'n'b surtout), la comédie ou le sport, avec des icônes comme Zidane. Peut-on prévoir désormais l'émergence d'une toute nouvelle génération d'intellectuels ?
C'est le prochain combat à mener. Mais faire accepter cette émergence dans la mentalité française sera dur et prendra sans doute du temps encore. En fait, l'accès aux domaines intellectuels est plus rude que pour le sport ou la musique qui correspondent à des clichés.
Fadéla Amara, secrétaire d'Etat à la politique de la ville, s'est récemment, confiée à un journal algérien en affirmant : « Je veux faire des quartiers populaires (français) le vivier des compétences et des élites de la France de demain ». Qu'en pensez-vous ? Y croyez-vous ?
C'est un objectif sans doute louable mais je ne suis pas très optimiste à ce sujet. J'ai l'impression que depuis plus de trente ans, les politiques de la ville, qui se sont succédé en France, ont toutes échoué. Il ne s'agit pas seulement de distinguer quelques « réussites » et de les mettre en avant pour améliorer le quotidien des quartiers dits sensibles. C'est une réforme sociale de fond qu'il faut mener. Et là, il ne faut surtout pas confondre l'intégration et la pauvreté. Un enfant d'immigré riche et célèbre (Zidane ou Jamel Debbouze ) par exemple n'a plus besoin de s'intégrer, il est Français. C'est injuste de ne pouvoir gagner sa place dans son pays qu'à la condition de connaître un succès exceptionnel. Il faut enfin reconnaître qu'il n'y a pas que des exceptions. Dans le mal ou le bien. Pas que des voyous ou des stars.
En dehors de la littérature, vous êtes aussi portée sur l'audiovisuel et vous avez réalisé un documentaire Mémoires, le 17 octobre 1961 (2002) sur les manifestations et la répression des Algériens à Paris. Quel regard portez-vous sur la question de la mémoire historique qui ne cesse de faire réagir les décideurs d'Alger et de Paris, comme d'ailleurs les opinions publiques ?
Je crois profondément que nous avons besoin de connaître notre histoire pour avancer. Pour ma part, c'est ce qui m'a permis d'en arriver là. Surtout quand lorsque l'on porte en soi l'histoire de l'exil de ses parents qui est généralement lourde et dure. Je crois que c'est l'une des raisons qui explique tous nos conflits intérieurs. Nous avons vu l'humiliation et la peine que nos parents ont subies et c'est pour cela que nous avons la révolte facile. Nous refusons en fait de subir la même chose que nos parents et nous acceptons très difficilement le rejet.
Quels sont les écrivains qui vous ont le plus marquée et pourquoi ?
Ce sont surtout des œuvres qui m'ont beaucoup marqué. Je pense notamment à La vie devant soi de Romain Gary, ou à L'Assommoir d'Emile Zola par exemple. J'aime surtout les histoires réalistes racontées avec la bonne distance et le talent.
Qu'est-ce l'Algérie représente pour vous affectivement ou symboliquement ?
Je suis de nationalité franco-algérienne. L'Algérie pour moi, contrairement à certains enfants d'immigrés, ne représente pas quelque chose de lointain qui concerne seulement ou particulièrement mes parents. Toute ma famille se trouve en Algérie, entre M'sirda et Aïn Témouchent. En France, nous ne sommes qu'un petit noyau de notre famille : mes parents, mon frère, ma sœur et moi. Donc, j'ai gardé un attachement très fort pour le pays. Depuis ma plus tendre enfance, je me rends régulièrement au bled, environ deux mois par an. Je connais par cœur les histoires de mes grands-parents, et de mon grand-père en particulier - Allah i rahmou -, qui a été un brave combattant de la guerre de Libération nationale. Je me sens toujours concernée par ce qui se passe en Algérie. C'est le pays de mon cœur.


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