Programmée lundi soir dans le cadre du Festival européen, la formation germano-maghrébine Diwan, constituée depuis 2005 autour du pianiste de jazz, Hans Lüdemann, a enflammé le public du conservatoire Ahmed Wahbi. A Oran, c'est sans doute un pléonasme que de dire que les rythmes moghrabi et gnaoui jouissent d'une extraordinaire réceptivité. Mais c'est juste dommage que cette propension à l'envoûtement et une sonorisation (côté public) n'ont pas su faire l'équilibre entre la section rythmique trop dominante et les instruments à corde qui ont étouffé, en quelque sorte, la prestation globale, comme on peut l'écouter dans le Köln concert de ce groupe dont un enregistrement, à défaut d'un album enregistré en studio, a été distribué à l'occasion. Dans turning points, le jeu spatial du pianiste, qui compose parfois avec les silences à la manière de Keith Jarett, est agrémenté de notes de guitare vaguement hispanisantes et des complaintes orientales de l'élément algérien (Mom Djender) qui ouvrent et ferment cette composition « en cercles concentriques », tel qu'expliqué par l'auteur lui-même. Les mêmes belles complaintes vocales ouvrent les deux morceaux suivants, mais cette fois le chant est ancré dans la mémoire collective maghrébine que ce soit pour le genre dit andalou ou chaâbi, tout deux issus de la même matrice, incluant des instruments traditionnels comme le mandole pour le dernier. On remarquera les prouesses du Marocain, Rhani Krija, sur sa double derbouka mais surtout l'étonnante adaptation du batteur allemand, Daniel Schroeteler, qui joue très à l'aise dans un registre qui se place loin des classiques du jazz auquel il était habitué, notamment quand il s'agit d'accélérer le tempo crescendo. Mais, et c'est tout l'intérêt de cette fusion, pour Hans Lüdeman, qui use, lui aussi, de phrasés collés à la mélodie (comme dans zidane) à la manière de Mustapha Skandrani, ces thèmes ne sont qu'un prétexte pour des constructions ou des improvisations beaucoup plus élaborées. Des explorations qu'il tente également avec le rythme typiquement gnaoui dans Bangara chanté et exécuté avec brio sur le goumbri par l'artiste marocain natif d'Essaouira, une ville qui a été depuis les années 1960 aux confluents des musiques africaines, maghrébines et occidentales. Avec les autres musiciens aux krakeb et à la chorale, l'image était significative d'un réel échange qui dénote un respect mutuel. C'est ce rythme là que le public adore, peut-être un peu plus que l'harmonisation de Bya dak el mor, une œuvre chère à Blaoui El Houari, cité par le musicien algérien de Diwan. Le pianiste allemand s'est aussi beaucoup intéressé aux instruments à cordes traditionnels de l'Afrique de l'Ouest et du Sud (kora, sanza) pour lesquels il dédiera tout une œuvre. Mais c'est à Italo Calvino qu'il va rendre hommage, un intermède dans lequel des textes de Despina dits en allemand sont accompagnés d'une belle composition au piano rehaussée par des sonorités de guitare laissant rêver ces « navires du désert » que sont les caravanes toujours enveloppées de mystère, le mirage du nomadisme à l'état pur.