Plus qu'une réponse négative, Israël a adressé à l'ensemble du monde arabe une véritable déclaration de guerre, en rejetant leur offre de paix. Il ne s'agit pas d'un manichéisme plutôt étroit, car en fin de compte quelle est l'alternative à la paix surtout dans le cas de la crise du Proche-Orient où le statu quo porte en lui tous les germes d'un conflit ouvert. Il s'agit en l'occurrence de la poursuite de l'occupation par Israël de territoires arabes, en Palestine, en Syrie et au Liban, malgré les résolutions de l'ONU, notamment la 242 stipulant un retrait israélien total et sans condition de ces territoires. La résolution adoptée par le sommet arabe d'Alger demande à Israël de se retirer totalement des territoires arabes occupés depuis juin 1967, d'accepter un Etat palestinien ayant El Qods-Est pour capitale, de résoudre le problème des réfugiés palestiniens conformément à la résolution 194 de l'ONU et de démanteler ses colonies. Il propose en échange que le conflit israélo-arabe soit alors considéré comme clos et que les pays arabes développent ensuite des relations normales avec Israël dans le cadre de la paix globale. Et pourtant, la proposition arabe qui n'est pas nouvelle faut-il le souligner puisqu'elle reprend et renforce tout ce qui a été affirmé en ce sens depuis près de dix années, quand les Arabes avaient affirmé que la paix était un choix stratégique, tout en précisant que celle-ci devait se faire en contrepartie de la restitution par Israël de tous les territoires arabes. La résolution du sommet de Beyrouth en 2002, reprenant une proposition saoudienne, a même été plus loin en offrant à Israël une normalisation arabe globale à la condition qu'il évacue les territoires arabes. Jusque-là, rien d'anormal ou d'excessif. Pourtant, un haut responsable israélien a déclaré mardi soir que son pays rejetait l'initiative du sommet arabe pour la paix avec Israël et a estimé même que ce sommet était « en retard » sur les changements intervenus dans le monde arabe. « Ce sommet vient de prouver qu'il est en retard sur le réel et en porte-à-faux par rapport à l'évolution qui se manifeste en profondeur dans le monde arabe », a affirmé ce haut responsable à la présidence du conseil. Sans même prendre la moindre précaution oratoire, il fait dans l'arrogance en affirmant que « les résolutions de ce sommet devant être approuvées à l'unanimité reflètent fatalement le plus bas dénominateur commun et expriment donc une unité du monde arabe qui est notoirement fictive », a-t-il ajouté. A entendre ce responsable, Israël accorde sa préférence aux accords séparés par son allusion aux traités de paix signés avec l'Egypte en 1979 et avec la Jordanie en 1994. Cette stratégie avait été réitérée par un proche du Premier ministre israélien en parlant du Liban. La première réaction à ce refus, sans être excessive, est celle du ministre jordanien des Affaires étrangères, ce qui semble tout à fait normal, puisque c'est son pays qui a proposé une réactivation du plan arabe. Hani Moulki a tout simplement regretté qu'Israël ait « réagi trop rapidement de manière négative » à une offre de normalisation des Arabes qui « pourrait donner l'impression que ce pays n'est pas intéressé par la paix ». Le chef de la diplomatie jordanienne a estimé qu'Israël, qui avait rejeté en 2002 le plan de paix arabe, devrait l'accepter aujourd'hui, car sa réactivation « intervient au moment où le volet palestinien marque des progrès et parce que Israël s'est dit intéressé par la normalisation de ses relations avec dix pays arabes ». « Nous leur offrons de normaliser leurs relations non pas avec dix pays arabes mais avec la totalité des pays arabes », a ajouté M. Moulki. C'est là peut-être une réponse au ministre israélien des Affaires étrangères qui déclarait il y a deux semaines qu'Israël s'attendait à normaliser ses relations avec dix pays arabes sans dire lesquels. C'était juste après le sommet palestino-israélien de Charm Cheikh et avant que le Premier ministre israélien ne donne son feu vert à une extension de la colonisation israélienne en Cisjordanie à travers la construction de 3500 nouveaux logements. Quant à l'appréciation qui est faite du volet palestino-israélien et qui est à l'origine du retour à son poste de l'ambassadeur de Jordanie en Israël, il n'est pas évident qu'elle soit partagée. A commencer par les Palestiniens qui doutent des intentions du gouvernement israélien. Que feront les Arabes se demande-t-on déjà, puisque la réponse israélienne est aussi négative que brutale ? Leur volonté de paix a amené les Israéliens à se dévoiler, ce qui clarifie davantage l'équation proche-orientale. Mais qu'en est-il au juste du Quartette (Etats-Unis, Europe, ONU et Russie) auteur de la Feuille de route, ce plan de paix qui prévoyait l'établissement d'un Etat palestinien ? Il regrettera certainement le refus israélien, mais est-ce suffisant quand des pressions intolérables sont exercées sur les Palestiniens et les Arabes pour leur arracher des concessions. Ou plus que cela, mettre les régimes en place en difficulté avec leurs propres opinions que l'on sait très sensibles à la question palestinienne. Qui pousse alors au désespoir et entretient l'extrémisme ? Quant aux accords séparés voulus par Israël, ils n'ont pas fait avancer la paix. Oslo, à titre d'exemple, s'est fait sans eux, avant que le rêve ne devienne cauchemar.