– Sidi Bel Abbès : une mobilisation intacte Le 34e vendredi de protestation pacifique à Sidi Bel Abbès a encore démontré la détermination des manifestants à faire aboutir leurs revendications d'un changement radical du système. Des centaines de manifestants, rassemblés sur l'esplanade du 1er Novembre (ex-Carnot), ont donné le ton vers 14h. Femmes, hommes, jeunes et moins jeunes, de tous bords politiques, marchent côte à côte en brandissant l'emblème national. Empruntant le boulevard de la République, les manifestants rejettent l'élection du 12 décembre prochain et s'en prennent essentiellement aux tenants du pouvoir et aux généraux du commandement de l'état-major, avec à sa tête Ahmed Gaïd Salah. «Bye Bye Gaïd Salah, cette année il n'y aura pas d'élections !», «Remplissez les formulaires de candidature aux émirats !», «Bensalah, Bedoui dégagez !», «El Khawana ba'ou ledled !» (Les traîtres ont vendu le pays, ndlr)», scande la foule qui a dénoncé la nouvelle mouture de la loi sur les hydrocarbures en cours d'élaboration par le gouvernement de Bedoui. «On en a marre de tout le système. Pour faire admettre l'idée d'une élection présidentielle, ce système est encore disposé à brader les richesses du pays à travers une loi que le peuple rejette», lance un jeune manifestant déployant une banderole appelant à l'application immédiate des articles 7 et 8 de la Constitution. «La mobilisation pour le départ de toutes les figures et réseaux du système est maintenue. Le 1er novembre est proche…», fait remarquer un étudiant de la faculté de médecine entouré par ses camarades. M. Abdelkrim – Témouchent : les rangs n'ont pas décru Comme à l'accoutumée, les marcheurs se sont retrouvés devant le siège de la wilaya à 14h45 pour faire le tour des principales artères de la ville et grossir leurs rangs au fil des étapes. Pour changer, c'est un refrain gnaoui, sur son air et son rythme diwane, qui a donné le ton à la manifestation : «Ya hafidh essalama, Ya hafidh essalama !» (Dieu nous préserve, sous entendu de ce qui ce concocte avec la préparation de la décriée présidentielle). Il est suivi d'un plus offensif : «Dégagez, dégagez le passé, had echaab ma iwali lil passé !» (dégagez vous le passé, ce peuple ne fera pas marche arrière) et d'un «Ya khada3ine, la nourid hokm el 3askar mene jadid !» (Traîtres, nous ne voulons pas d'un pouvoir militaire une fois encore). Puis, c'est l'air poignant de Ya el menfi qui enrobe un «La Tebboune, la Benflis, ya lkhaïne !» (Ni Tebboune, ni Benflis, oh ! traitres). Sur une pancarte levée haut est écrit en grand : «La3anat Allah 3ala men a7zana hada echaab» (La malédiction divine soit sur celui qui attriste ce peuple). Il reste que si les rangs des hirakistes n'ont pas grossi par rapport aux deniers vendredis, ils n'ont pas non plus décru. M Kali – Tlemcen : «On vaincra !» Vendredi 34e à Tlemcen : Même itinéraire, même conviction, mêmes slogans que le week-end dernier. «Bye bye Gaïd Salah, cette année il n'y aura pas de vote !» et de le réaffirmer en termes clairs : «Le pays est le nôtre, on décidera de notre destin !». Une pique acerbe à l'adresse de ceux qui veulent obstinément aller à contresens de la révolution populaire, pacifique et civilisée. «Pouvoir assassin ! Assassin, Assassin !» répétaient, en chœur et sur un rythme dramatiquement mélodieux, les manifestants toujours aussi nombreux et déterminés à aller jusqu'au bout de leur conviction. «Ils l'ont vendu, les traîtres, ils l'ont vendu !» criaient-ils, en parlant d'un pays vendu par ses gouvernants insouciants. Et de rappeler avec insistance : «Bedoui, Gaïd, Bensalah, le hirak n'ira pas aux urnes !» Imperturbables, les Tlemcéniens rappelaient à des oreilles sourdes : «On vaincra, tôt ou tard, on aura notre véritable indépendance !» Les boycotteurs de l'élection du 12 décembre prochain, l'emblème bien mis en avant, scandaient dans la trémie de Bab wahran, avec une cadence à faire trembler une montagne : «Dégagez, dégagez voleurs, rendez le pouvoir au peuple, à El Harrach (prison) vous partirez tous ! Etat civil et non militaire !» C. Berriah – Chlef : Les manifestants maintiennent le cap A chaque vendredi, le soleil chauffe mais cela n'a pas pour autant dissuadé les manifestants à poursuivre leur mouvement pacifique dans les rues de la ville de Chlef, jusqu'au siège de la wilaya. En effet, les protestataires restent profondément attachés à leurs revendications principales. «Pas d'élections avec les bandes !», «Libérez les détenus politiques !», «Nous voulons un Etat civil avec des dirigeants politiques choisis librement par le peuple !» Tels sont donc les slogans clamés à répétition hier par les marcheurs qui ont, une nouvelle fois, battu le chaud pavé pour exiger un changement de système et un dialogue sérieux et responsable. Pour eux, il n'est pas question de céder à la peur et au chantage, car, estiment-ils, «nos revendications sont légitimes et répondent aux aspirations et aux attentes du peuple algérien». A.Yechkour – Tiaret : Le hirak reprend du poil de la bête La 34e édition de la mobilisation citoyenne a vu les rangs du hirak grossir hier après-midi dès 14 heures quand la foule s'ébranla plus tôt que d'habitude, alors qu'on croyait la mobilisation battre de l'aile. Arpentant les artères de la ville depuis la rue Emir Abdelkader jusqu'au carrefour Le Regina, la foule a fait une entorse au trajet jusque-là suivi. Arrivés à hauteur du jardin Bouchareb Naceur, les marcheurs feront un détour par la salle Mustapha Mekki pour aller faire une halte au-devant du siège de la commission de supervision des élections. Là, les marcheurs ont fait voir de toutes les couleurs aux membres de cette commission non sans signifier «le refus de s'inscrire dans la démarche» et d'entonner des slogans, notamment «makache el vote ya el issabat !» et reprendre la marche en passant sous le tunnel. Arrivés à hauteur du boulevard Benbadis, des voix reprennent de plus belle et une floraison de slogans pointus fusent. Des chants cultes du hirak se font entendre. L'un d'entre eux évoque «la libération du détenu Saadi Mabrouk». Une voix sous le sceau de l'anonymat nous souffle que cet homme résidant à Dahmouni a été interpellé pour son activisme politique et que son incarcération n'a rien à voir avec le hirak. Quoi qu'il en soit, l'opinion publique et a fortiori les gens du hirak l'ont pris en sympathie et son fils est même venu donner de la voix. Hier, d'autres figures ayant abdiqué ont refait surface et un débat sur le réseau social a permis, en marge de cette 34e édition, à nombre de citoyens de deviser sur le sens à donner à ce mouvement qui ne semble pas vouloir s'arrêter. Fait notable, les pro-vice ministre de la Défense AGS ont été très discrets.A. Fawzi – Mascara : Le hirak rejette les élections AMascara, l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) était, en cette 34e édition du hirak, la cible des activistes du mouvement populaire. Devant son siège mitoyen à celui du parti FLN, des slogans hostiles à l'élection présidentielle et au coordinateur de wilaya de l'ANIE, en l'occurrence Moussa Nacer, un enseignant universitaire de profession, ont été scandés, notamment «Allah Akbar, il n'y aura pas de vote !», «L'autorité indépendante dégage !». Les partis, notamment le FLN et le RND, dont les anciens SG sont en prison d'El Harrach, ont été également visés par les slogans des hirakistes qui scandaient à pleins poumons devant le siège de la mouhafadha du parti FLN qui compte le plus de détenus à la prison d'El Harrach : «FLN, RND, tous à El Harrach !» Souag Abdelouahab