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«80% des amputations peuvent être évitées, mais il n'y a pas de traitement miracle» Entretien avec le docteur Abdelaziz Daoud. Diabétologue et secrétaire général de la Société algérienne de diabétologie
-Le diabète sucré peut entraîner de graves et coûteuses complications dégénératives, parmi celles-ci, l'on trouve le pied diabétique aux conséquences médico-socio-économiques majeures. De quoi s'agit-il au juste ? Le pied diabétique est défini comme un pied qui présente des lésions allant des simples phlyctènes (petites plaies) aux ulcérations qui peuvent s'infecter, et aussi des lésions détruisant les tissus profonds pouvant aboutir aux amputations. Toutes ces lésions sont associées à un désordre neurologique (c'est la neuropathie diabétique qui entraîne une perte de la sensibilité à la chaleur, au froid et à la douleur associée à une déformation des orteils avec sécheresse de la peau qui va entraîner des fissures, des durillons et des callosités et une atteinte des vaisseaux sanguins du membre inférieur (artériopathie ou macro angiopathie diabétique) qui entraînent une réduction du flux sanguin et un ralentissement de la cicatrisation. Sa fréquence chez le diabétique est aggravée par l'hypertension artérielle, l'hyperlipémie (excès de graisse dans le sang) et le tabac. Cette atteinte vasculaire est grave, car souvent indolore et sans claudication intermittente (crampes au niveau des mollets obligeant le patient à interrompre la marche). Si le diabète sucré est récent, c'est-à-dire sans désordre neurologique ni atteinte des vaisseaux, le risque de développer un pied diabétique est quasi nul, c'est-à-dire le même risque que chez un sujet non diabétique. Ainsi, sur un pied diabétique très vulnérable, intervient le facteur déclenchant qui est très souvent un traumatisme minime par des chaussures inadaptées, une hygiène des pieds insuffisante, des soins de pédicure mal faits, des champignons entre les orteils (en rapport avec les ablutions), une brûlure par une source de chaleur non perçue par le patient. Enfin, vient se greffer l'infection sur un pied très fragilisé par la neuropathie, et l'artériopathie. L'infection est souvent superficielle, mais dans certains cas, elle peut s'étendre en profondeur dans les tendons, muscles, os et articulations aboutissant à la gangrène diabétique -Quelle est la prévalence du pied diabétique ? Il est reconnu aujourd'hui que le pied diabétique est la première cause d'hospitalisation chez le diabétique, et 20% des diabétiques présenteront un ulcère du pied au cours de leur vie. Une amputation est réalisée toutes les 30 secondes dans le monde chez un diabétique, 5 à 10% des diabétiques auront une amputation au cours de leur vie. Ces risques sont 20 fois plus importants que dans la population non diabétique. 70% des amputations sont réalisées sur des patients de plus de 60 ans. Une amputation du pied controlatéral survient dans 50% des cas et le coût économique est impressionnant. Aux USA, la prise en charge d'un pied revient à 2000 dollars pour une petite lésion, et 28 000 dollars s'il y a amputation. -Comment expliquez-vous ces chiffres alarmants ? Cela est dû au silence de la maladie (le patient ne ressent pas de douleur du fait de la neuropathie) ; à la négligence du patient «qui ne ressent rien» et donc ne s'alerte pas devant une plaie indolore, et tout retard compromet l'évolution future de la plaie. Aussi, l'ignorance du danger que peut présenter une petite lésion. -Comment éviter les lésions du pied ? Pour éviter les lésions du pied, il faut éviter les facteurs favorisants, à commencer par le bon équilibre glycémique et aussi le contrôle des facteurs de risques cardio-vasculaire (tabac, sédentarité, excès de graisses, tension artérielle élevée) et enfin éviter les facteurs déclenchant par une éducation spécifique et ciblée des patients et la formation continue des médecins généralistes. Cette prévention permet de réduire de plus de moitié les amputations du pied, elle passe par l'identification des patients à risque de lésion du pied chez lesquels il convient de procéder à l'examen du pied au moins une fois par an. -Les patients arrivent souvent avec des lésions à un stade avancé. Que recommandez-vous ? Le bon contrôle glycémique est primordial, et une insulinothérapie optimalisée est souvent nécessaire, des soins locaux avec détersion de la plaie (débridement et nécrectomie) et nettoyage quotidien au sérum physiologique (éviter le dakin, bétadine, eau oxygénée et mercurochrome) ; on utilisera la crème de sulfadiazine. La mise en décharge (au repos) du pied est aussi essentielle, elle peut se faire de différentes façons : limitation de la marche et de la station debout ; parfois repos au lit ; chaussure avec appui talonnier pour les lésions de l'avant-pied, semelles podologiques, béquilles et chaises roulantes. Les antibiotiques ne sont nécessaires que s'il y a infection. D'autres traitements sont possibles tels que les facteurs de croissance, dont la presse s'est fait l'écho à plusieurs reprises ces derniers temps ; je rappelle que ces thérapeutiques ne sont utilisées que pour des plaies peu profondes et non infectées afin d'accélérer la cicatrisation ; donc, en aucun cas, il ne s'agit de traitement miracle ou exceptionnel du pied. -Quel est votre message pour les diabétiques ? Je dois dire que le pied diabétique n'est pas une fatalité, il faut retenir que dans plus de 80% des cas, l'amputation est évitée. Je dis aussi aux diabétiques que vous n'avez pas choisi d'avoir le diabète mais vous avez le choix d'éviter ses complications.