Zabana représentera l'Algérie au 37e Festival du film international de Toronto, au Canada, du 6 au 16 septembre prochain. Le long métrage de Saïd Ould Khelifa, dont l'avant-première se fera à la rentrée, à Alger, a été écrit par le journaliste et poète Azzeddine Mihoubi. Le jeune acteur Imad Benchenni y tient le rôle vedette. Ce film lui offre l'occasion d'entrer dans le vaste monde du 7e art. Pour ce mois de Ramadhan, Imad Benchenni est la guest-star du sketch Zhar makanch, diffusé sur Echourouk TV.
-Que représente pour vous Ahmed Zabana ? Ahmed Zabana représentait la jeunesse algérienne des années 1940-1950. C'était un homme courageux et responsable. Il avait sacrifié sa vie pour une Algérie libre. Avant le film, je ne connaissais pas grand-chose sur le personnage. Je ne retiens que ce que j'ai lu dans les manuels scolaires. Je sais qu'il était le premier guillotiné par l'armée coloniale française. Pas plus. Avec le film, j'ai essayé de faire des recherches sur internet. Je n'ai malheureusement pas trouvé beaucoup d'informations. J'ai lu sur Larbi Ben M'hidi, par exemple. Il avait un itinéraire presque similaire à celui de Zabana. Il a été condamné à mort lui aussi (Larbi Ben M'hidi avait été torturé par l'armée coloniale française avant d'être exécuté sans procès en 1957, ndlr). Il y aussi Hassiba Ben Bouali et Ali La Pointe. Tout le monde se rappelle de La Bataille d'Alger (le film de l'Italien Gillo Pontecorvo, sorti en 1966, ndlr). J'ai appris beaucoup de choses sur les amis de Ahmed Zabana tels que Abane Ramdane. Cela est évoqué dans le scénario du film. Abdelhafid Boussouf est également présent dans le film. -Le cinéma algérien devrait-il s'intéresser plus à l'histoire de la guerre de Libération nationale et à ses héros ? Nous sommes, en la matière, très en retard. Il faut peut-être saisir l'occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie pour produire des films. Il y a peu de productions. Le septième art peut faire mieux connaître aux jeunes l'histoire de la guerre de Libération nationale. Il y a des méconnaissances. L'erreur vient de nous. Il faut le dire, nous ne lisons pas assez de livres. Par contre, il y a de l'intérêt pour la télévision et le cinéma. Les gens ont mieux connu le personnage de Mostefa Ben Boulaïd grâce au film d'Ahmed Rachedi. Ce n'est qu'un exemple. -Quel bilan faites-vous des cinquante ans d'indépendance de l'Algérie ? L'Algérie est encore un pays jeune. Il nous faut encore plus de temps pour bâtir une nation. On est en phase de construction. Il est nécessaire de surmonter les défauts et les failles. La jeunesse doit être à l'avant-garde. Elle constitue plus de 75% de la population, mais elle n'est pas présente au Parlement. Les jeunes ne s'intéressent pas à la politique, d'une part. Et de l'autre, on ne donne pas la chance aux jeunes d'émerger. Pour moi, les jeunes doivent s'impliquer plus en politique, donner leurs opinions, défendre leurs idées. J'adore la politique, mais je n'ai jamais pensé m'y impliquer. -Vous voulez être député ? Plus tard, pourquoi pas ! C'est peut-être une manière de participer à la vie politique et donner son point de vue. Les jeunes doivent se faire entendre. Le chômage est, pour moi, un problème réel. L'embauche doit se faire sur la base de la compétence, pas sur celle des connaissances. Si la question du chômage est sérieusement prise en charge, tout devient facile après. -Ces dernières années, Mostaganem a gagné la réputation d'être «une terre» de harga pour les jeunes. Cela vous a-t-il inspiré, d'autant que vous êtres natif de cette ville ? J'ai écrit des textes de slam sur ce phénomène puisque j'ai commencé avec cela. Et je n'ai pas cessé de faire du slam. La harga est un thème très présent dans mes écrits. Cela me fait mal de voir les jeunes partir de cette manière. J'ai même perdu des amis, morts en pleine mer. Pour le slam, j'ai fait un peu de scène à Oran et à Mostaganem. J'ai commencé à m'intéresser à ce genre poétique en 2002 en écrivant en arabe et en français. J'avais un groupe qui s'appelait New Voice. Après le décès de Hicham Amar, un des membres fondateurs, nous avons arrêté nos activités il y a trois ans. -Du slam, vous êtes passé au cinéma… J'ai eu des propositions pour interpréter des rôles dans des feuilletons, mais pas pour le cinéma. Je n'ai pas participé à un feuilleton. Je peux m'y intéresser. Tout dépend du sujet et du réalisateur. J'avoue que ne suis pas convaincu par les travaux de certains réalisateurs. Il y a en Algérie les old school et la new generation. Je veux bien travailler avec les jeunes réalisateurs qui cherchent la qualité. Je ne veux pas des old school. Ils sont quelque peu dépassés. On veut du neuf, de l'air frais dans le cinéma algérien et dans les feuilletons de télévision. J'aime bien la démarche de Djaâfar Gacem. J'ai apprécié la saison une de Djemaï Family et de Saâd el gat (Yahia Mouzahem). -Quels sont les films algériens qui vous ont le plus marqué jusque-là ? J'ai aimé Taxi Mekhfi (Bakhti Benamar), Les vacances de l'inspecteur Tahar (Moussa Haddad). Je penche donc plus vers la comédie. Pour les drames, j'ai apprécié Chroniques des années de braise de Mohamed Lakhdar Hamina, Indigènes et Hors-la-loi de Rachid Bouchareb. Pour ce qui est des coproductions, j'adore des films tels que Délice Paloma (Nadir Moknèche), Mascarades (Lyes Salem) ou Cartouches gauloises (Mahdi Charef). Il faut que tous les réalisateurs algériens aient leur chance dans le cinéma, qu'ils soient de l'Est, de l'Ouest, du Sud ou du Centre. On ne doit pas imposer l'accent d'une région du pays aux dépens d'une autre. Il faut dépasser certaines barrières. Par exemple, dans le film Zabana, tous les accents algériens sont présents. Les réalisateurs doivent essayer de fédérer et éviter l'exclusion dans les castings. Les comédiens de l'ouest du pays en ont beaucoup souffert. Je n'ai aucune limite dans mon travail. Je peux camper sans problème un premier rôle avec n'importe quel accent du pays. -Et quel rôle refuserez-vous de jouer au cas où il vous serait proposé ? Celui d'un harki ! Après avoir joué le rôle d'Ahmed Zabana, il me sera impossible d'interpréter celui de harki. Cela dit, rien ne peut m'empêcher d'avoir des rôles sérieux dans des comédies. J'adore la démarche artistique de Mohamed Fellag. J'apprécie aussi Salah Aougrout. Pour le théâtre, j'aime le travail de la comédienne Hanane Boudjemâa. Moi-même, j'ai fait du théâtre avec la troupe El Moudja de Mostaganem dans trois pièces. J'ai étudié le théâtre à l'université. Il n'y a pas un théâtre régional à Mostaganem, la ville qui abrite le Festival du théâtre amateur depuis des décennies. C'est une forme d'exclusion. Dans cette ville, il existe beaucoup d'associations comme El Moudja, El Ichara et autres. Elles travaillent dans des conditions difficiles. Le siège du théâtre El Moudja a été démoli par les autorités pour y implanter un autre projet. Après un dur combat, une école nous a été donnée. L'école est aujourd'hui occupée par des sans-abris. Le désordre total quoi ! El Moudja attend toujours d'avoir un local digne de ce nom. Tous ces problèmes m'ont découragé de poursuivre dans le théâtre. Cela dit, je préfère le cinéma au théâtre. J'ai toujours voulu faire du cinéma. Je me sens bien dans cet art. J'ai travaillé avec des gens qui aiment ce métier comme Yacine Alloui et Saïd Ould Khelifa. Dans le film Zabana, nous étions entourés d'une équipe de professionnels, passionnée du septième art. J'espère que ce sera le cas pour les autres projets. A mon avis, l'Algérie a besoin d'une grande école de cinéma pour former les jeunes aux métiers du septième art. C'est devenu une nécessité, une urgence.