En menaçant, lors d'un meeting à Tizi Ouzou, les opposants au 4e mandat, Amara Benyounès ne parlait pas seulement en son nom. Car le coup de force passé -avec pertes et profits- le régime a déployé un large spectre de mesures répressives, de la matraque aux appels au meurtre et à la haine sur les réseaux sociaux. Police politique ou appareils barbouzes du clan Bouteflika, le régime, dans une solidarité de type apparatchik, a déclenché un déchaînement de violence contre les voix contestataires qui marquera du sceau de la honte leurs auteurs, commanditaires et bénéficiaires. Car au-delà de la gravité du durcissement, qui s'esquissait durant la campagne à coup de messages de menaces et de chantage, la volonté des tenants du pouvoir, tous corps et hauts responsables confondus, est de gérer dans le silence le non-sens du 4e mandat. Silence imposé à la société, aux médias indépendants, aux militants républicains, aux partis opposants, aux personnalités nationales intègres et même à l'univers tout entier si cela leur était possible. Il faut les laisser manager la folle course contre le temps et la biologie en toute quiétude, car leur situation reste quand même intenable : comment continuer à «vendre», aux Algériens et au monde entier, l'image d'un impotent régent ? Cette rocambolesque mission met le régime dans un état d'intense nervosité qui déborde sur la société en autant de répression brutale et sauvage, et qui dévoile par la même la nature profondément autoritaire et exclusive du mode de gouvernance depuis bien avant 1962. En fait, c'est l'image d'un fou qui devient agressif quand on lui explique qu'en sautant de la fenêtre, ses ailes imaginaires ne vont pas se déployer. Sauf que ce n'est pas seulement le fou qui va s'écraser quelques étages plus bas, c'est tout un pays qui est précipité dans la chute fracassante de ce régime qui ne voit que sa survie à court terme comme unique horizon. Le régime, personnalisé - pour une fois et a contrario de l'orthodoxie de la non-identification du pouvoir- en ces trois pôles engagés la tête devant dans le processus de fragilisation nationale (Bouteflika, Gaïd Salah et Mediène), incapable de trouver une issue moins ridiculisante au 4e mandat, se braque. Et au lieu d'écouter le message laissé sur sa boîte vocale qui précise l'adresse et les responsabilités de chacun de ses trois pôles, et répondre, par des signaux d'apaisement, à une société traumatisée par les menaces, le régime a choisi de lancer le combiné du téléphone à la figure des contestataires. Le déficit en engineering pour dessiner le futur du pays et du système, les difficultés du ménage à trois (DRS, Présidence et état-major) avec son lot de chamailleries et de paranoïa internes font que la facture est payée par la société à coup de répression et de chantage, avec en plus une neutralisation des capacités régaliennes pour faire face aux crises internes (Ghardaïa ou la Kabylie) et externes (frontières explosives et appétits mondiaux pour les ressources et la souveraineté). Or, les tensions entre ce pouvoir qui mobilise ses réflexes maffieux et une société de moins en moins encline à une résilience forcée - qui tire sa substance d'une patience qui a des limites - ne peuvent que s'accentuer. Et vu le potentiel de violence - qui n'est plus reconnue comme monopole de l'Etat - d'une régence voyoucrate, nulle dérive n'est à écarter, y compris - après la matraque, le lynchage et la division haineuse entre Algériens - le retour probable de l'assassinat politique. Les prochaines semaines, la question «à qui profite le crime ?» deviendra, malheureusement, le leitmotiv de l'Algérie du funeste 4e mandat.