Les citoyens du M'zab attendent beaucoup des autorités du pays. Malgré un retour progressif au calme, on ne peut échapper au sentiment de pessimisme qui prévaut dans la capitale du M'zab. Un havre de paix plongé du jour au lendemain dans un magma de violence avec deux communautés qui s'entredéchirent depuis décembre dernier, mettant au placard les liens de voisinage et de fraternité séculiers qui les lient et les condamnent à vivre et coexister dans un espace commun. Aouf El Yassaa, le meurtre de trop Toujours pas de terrain d'entente, l'atmosphère d'animosité qui contraste avec les valeurs de fraternité et du vivre-ensemble est sans cesse nourrie par des événements macabres qui replongent les communautés dans la haine de l'autre. Des actes de violence perpétrés par des personnes connues pour leur passé de délinquants et qui sévissent en choisissant des endroits peu surveillés et loin du regard vigilant des services de sécurité. Des forfaits qui ne sont pas sans engendrer des dégâts matériels et surtout humains. Tel était le cas en ce premier jour de Ramadhan où une famille a été endeuillée par l'assassinat du jeune Mozabite Aouf El Yassaa Ben Mohammed, âgé d'à peine 17 ans, lâchement abattu par des inconnus qui l'ont surpris par une nuée de pierres, l'atteignant mortellement à la tête, alors qu'il attendait, assis sur son motocycle, pour s'approvisionner en essence à la station-service de Bouhraoua, sur les hauteurs de la ville de Ghardaïa. Renfort En dépit des mesures de sécurité draconiennes déclenchées par les autorités locales, le renfort de plus de 10 000 éléments antiémeute, entre gendarmes, policiers et la mobilisation en la circonstance de moyens matériels énormes dont des camions béliers, des lanceurs d'eau chaude, des projecteurs aveuglants, des hélicoptères dotés de caméras infrarouge pour détecter les mouvements de nuit, un nouveau wali, sans omettre les visites marathoniennes de hauts responsables de l'Etat. Des mesures qui ont pour effet de stopper l'hémorragie, alors que le manque de fermeté témoigné par les autorités publiques dans le traitement de ces événements dès l'entame de la crise. Un laxisme décrié par les deux communautés et qui a permis à des charognards de profiter de la situation pour se livrer au saccage et au pillage et, surtout, aux agressions tous azimuts. Le ressentiment entre les deux communautés s'en trouve exacerbé, particulièrement avec le nombre de victimes décédées à la suite des agressions ciblant les organes vitaux. La plaie semble indélébile. Envenimation C'est dans ce climat d'insécurité que des pyromanes, se sentant libérés detoute sanction, continuent à sévir au grand dam de la population locale. Plusieurs incidents témoignent de la gravité de la situation. Au milieu de la semaine écoulée, un habitant de la région de Chaabet Nichan, un quartier à dominante arabe, a vu le pare-brise de sa petite voiture Marutti voler en éclats, et ce, après avoir osé s'engouffrer dans la bourgade de Chaabet El Telli, à quelques kilomètres de son domicile, où se concentre la communauté adverse. Il faut savoir que la zone nord de la commune de Ghardaïa (comptant la cité El Korti, Belghanem, El Kodiya, etc.) à dominante mozabite, est devenue une zone à risque pour la communauté arabe, où il est quasiment interdit tout accès aux bus de transport, notamment ceux qui desservent la région de Daya Ben Dahoua et ceux des particuliers qui mènent au centre-ville de Ghardaïa. Ces agressions se limitent, faut-il-le signaler, à la caillasse des véhicules, sans recourir à aucune action brutale contre des personnes. Le contraire est valable dans des quartiers à domination arabe, tels que Hadj Messaoud et Theniet El Makhzen, pour ne citer que ces deux centres urbains largement foudroyés par les violences, où il est pratiquement suicidaire pour un Mozabite de mettre les pieds, tel qu'en témoigne cet incident qui s'est produit au moment du notre passage inopiné, il y a quelques jours, au carrefour Merrakchi, au cœur de Theniet El Makhzen. Il s'agit d'un guet-apens bien échafaudé par deux jeunes garçons habitant la banlieue de Thenia, qui s'est soldé par le renversement à terre d'un jeune Mozabite qui était de passage à bord de son motocycle. Après l'avoir tabassé, l'un des agresseurs s'est agrippé à lui en lui assénant de violents coups de poings, alors que l'autre a pris soin de monter sur sa moto et de s'enfuir. L'intervention de quelques sages a sauvé l'agressé du pire des lynchages. Cet incident, faut-il le souligner, s'est produit à quelques mètres du cantonnement des fourgons de police, au rond-point de Marrakchi, dans un coin qui échappe à leur contrôle et qui permet aux agresseurs de commettre leurs forfaits, puis de s'éclipser par une ruelle tortueuse qui les mène au fin fond de ce quartier. Au quartier Hadj Messaoud, un autre Mozabite a été piégé en voulant s'enquérir de l'état de son local commercial. Après avoir vainement sollicité l'accompagnement des éléments de la gendarmerie présents en grand nombre dans ce quartier, le Mozabite s'est résigné à s'y rendre seul pour tomber entre les mains de quelques fervents du mal qui l'ont cruellement agressé, lui causant de graves blessures. Sécurité dites-vous ? «Quand j'entends les gens parler de mesures sécuritaires dont se targuent nos responsables, je m'esclaffe pour céder après aux larmes de colère… comment peut-on expliquer la défaillance de cette stratégie, alors que des milliers d'agents anti-émeute sont sur le terrain» fulmine Bachir, un enseignant d'histoire-géographie. Et d'ajouter : «Parlons plutôt de qualité que du nombre d'éléments des forces de l'ordre, je veux dire la mise en pratique réelle des lois de la République. Voilà ce qui nous manque et c'est ce qui pousse ces énergumènes à ne pas éprouver de peur vis-à-vis de la loi. Ces voyous ressurgissent avec leur lot de mal que seuls nos enfants et nos familles payent.». A vrai dire, la situation sécuritaire qui prévaut actuellement dans la capitale du M'zab fait craindre à la population locale de sombres jours vu la persistance des actes de violence marqués souvent par des agressions furtives perpétrées par des hors-la-loi des deux camps, ce qui complique davantage le travail des services de sécurité, lesquels sont appelés à redoubler d'efforts afin de brider toute personne voulant porter atteinte à l'ordre public. Mais cela nécessite, préalablement, l'application rigoureuse des lois de la République contre ces fauteurs de troubles sans distinction aucune.