L'Union africaine l'a échappé belle, sa destruction était programmée lors de son sommet qui vient de se tenir à Kigali (Rwanda). Un véritable complot a été mis au point pour évincer la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et la remplacer par le Maroc. Avant cette conférence, Rabat a envoyé des délégations sillonner l'Afrique pour expliquer ses intentions avec un discours à géométrie variable, selon la nature de l'interlocuteur. Devant les Algériens par exemple, elles ont développé un discours purement mensonger. Elles ont demandé à Alger de les soutenir pour adhérer à l'UA, en précisant qu'elles ne posent aucune condition pour ce fait. Or, à la veille de l'ouverture du sommet, le président sénégalais, Macky Sall, a donné une interview à l'hebdomadaire Jeune Afrique du Tunisien Bachir Ben Yahmed qui, depuis 1975, déverse son fiel sur l'Algérie et sur le Front Polisario, mais qui continue jusqu'à ce jour à vivre — suprême ingratitude — avec la publicité des société publiques algériennes. Rappelant l'époque où Léopold Sédar Senghor distillait des contrevérités contre les Sahraouis à l'OUA, il a prétendu que 28 pays ont signé une pétition pour demander la suspension de la RASD. Il a des raisons pour être hostile à ce jeune Etat. Le Maroc et le Sénégal ont conclu, dans les années 1960, une entente pour dépecer la Mauritanie, le premier s'emparant de la partie «arabe» et le second de la partie «noire». Le président sénégalais, en fait, s'était impliqué dans un honteux complot qui aurait pu provoquer la disparition de l'UA. En effet, le roi Mohammed VI a envoyé une missive accompagnée d'un discours qu'il lirait devant ses pairs africains, posant comme condition préalable la suspension de la RASD. Il n'attendait que le feu vert pour se rendre dans la capitale rwandaise : il lui a été répondu que la Charte de l'Union africaine ne peut suspendre, temporairement, un Etat membre qu'en cas de coup d'Etat ou de non-paiement de ses cotisations durant deux ans. En outre, pour être membre de l'Union, il faut respecter l'intangibilité des frontières héritées à l'indépendance. Or, le Maroc a violé cette disposition en envahissant le Sahara occidental, qui est considéré jusqu'à ce jour comme territoire non autonome nécessitant un référendum d'autodétermination de son peuple. De plus, pour être membre, il faut l'aval des deux tiers des Etats membres. Une seule faveur a été accordée à Mohammed VI : il pouvait prononcer son discours lors de la réception offerte par le président du pays hôte, en l'occurrence Paul Kagame. N'étaient la vigilance et le sens élevé des responsabilités des chefs de délégation présents à Kigali, le Maroc et le Sénégal, soutenus en coulisses par une minorité, auraient provoqué une grave crise aux conséquences terribles, comme celle qui a vu l'OUA coupée en deux. Celle-ci n'a connu la stabilité qu'après l'admission de la RASD et le retrait du Maroc en 1984. Les Africains n'avaient plus à supporter les sautes d'humeur du monarque marocain, qui traitait les réunions africaines de «conférences tamtam» et de «danse de Saint-Guy».