Retour à Genève pour le conflit syrien. Ce sera donc la troisième fois que le pouvoir et l'opposition se retrouvent dans cette ville pour tenter de faire taire les armes. Une première fois en 2012, puis deux années plus tard dans le même format, mais avec un nouveau représentant de l'ONU, l'Algérien Lakhdar Brahimi ayant succédé à Kofi Annan, qui avait jeté l'éponge probablement convaincu que sa mission était tout simplement impossible. Mais visiblement un tel sentiment serait partagé, le nouvel émissaire de l'ONU, Staffan de Mistura, déclarant tout simplement qu'il «ne se berce pas d'illusions». Pourquoi donc y aller, s'il s'agit d'un échec annoncé ? Pourtant les Russes notamment, qui ont réussi à amener les parties en conflit à s'asseoir autour d'une table, ne partageraient pas un tel pessimisme. Ils l'auraient fait savoir indirectement à travers une formule qui évacuerait l'idée même d'échec. En tout état de cause, le chemin de Genève devrait être emprunté par les parties en conflit après une rencontre préalable le 24 janvier dernier à Astana, au Kazakhstan. Mais entre ces deux dates, la guerre s'est poursuivie, avec moins d'intensité il est vrai, avec comme objectif une plus grande occupation du terrain par le pouvoir syrien. Encore et toujours cette logique de terrain qui situe la puissance des uns et des autres. Notamment depuis la reprise, en décembre dernier, d'Alep-Est et de Wadi Barada, faisant dire à des analystes que le rapport des forces a très nettement basculé en faveur du régime, soutenu il est vrai par l'armée russe. L'on est loin, soulignent-ils, de la situation prévalant en 2013. Mais tout a véritablement changé avec surtout l'engagement militaire de la Turquie. Ce qui a redonné de la force, et même beaucoup, au président Bachar Al Assad qui n'a laissé d'autres choix aux rebelles que la reddition. Ou encore de décider de l'issue des pourparlers en question en parlant de réconciliation. Que l'on est donc loin, et même très loin de la première rencontre dans cette même ville suisse, où la chute du régime syrien semblait imminente qu'elle y a poussé à l'échec, alors même qu'il était question de transition, de nouvelle Constitution et d'élections libres. Le résultat d'un rapport de forces où le pouvoir paraissait faible et l'opposition unie et forte. C'est exactement la situation inverse qui prévaut aujourd'hui, même si cette fois-ci encore à Genève, il sera question de gouvernance, de futures élections. Avec toujours les mêmes divergences. «Nous irons à Genève pour discuter d'une solution politique», a ainsi déclaré le chef de la Coalition nationale syrienne, tout en répétant qu'«Al Assad doit partir», car, selon lui, aucun problème ne sera résolu, «tant qu'il reste au pouvoir». Un discours pour le moins inchangé, malgré la réalité du terrain et une destruction systématique de la Syrie. La rencontre qui s'ouvrira demain paraît donc compromise. Qu'en sortira-t-il ?