Portrait ■ Assia Djebar, née Fatima Zohra Imalayène à Cherchell le 30 juin 1936, nous a quittés, vendredi passé, à Paris, à l'âge de 78 ans. Membre de l'Académie française (elle avait été élue le 16 juin 2005 au fauteuil de Georges Vedel) et pressentie, il y a trois ans, pour le prix Nobel de littérature, Assia Djebar, auteure de romans, nouvelles, poésies et essais, sera enterrée, selon ses vœux, dans son village natal de Cherchell, à l'ouest d'Alger. Considérée comme une grande voix de la littérature algérienne, et figure majeure de la littérature maghrébine d'expression française, Assia Djebar, qui a été élue, en 1999, à l'Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, au siège de Julien Green, a commencé sa carrière littéraire en 1957 avec La Soif, suivi en 1958 de Les Impatients. Connue pour son engagement en faveur des droits des femmes, Assia Djebar, considérée comme l'une des auteurs les plus prolifiques, célèbres et influentes du Maghreb, Assia Djebar avait écrit également pour le théâtre et réalisé plusieurs films pour le cinéma, dont La nouba des femmes du mont Chenoua, qui a obtenu le prix de la critique internationale à Venise en 1979 et La zerda ou les chants de l'oubli, qui a remporté le prix du meilleur film historique au Festival de Berlin en 1983. Riche et variée, son œuvre littéraire est considérable – elle avait publié une vingtaine de romans – et a été traduite en 23 langues, et à travers laquelle Assia Djebar, qui a consacré sa vie presque exclusivement à son travail d'écriture, concentrant ainsi en elle tous les genres de la création littéraire, «avec une recherche perpétuelle de l'innovation mise au service d'une vision humaniste de la vie sur terre», s'est engagée pour la défense de la cause de la liberté, en général, et l'émancipation de la femme en particulier. Les enfants du nouveau monde (1962), Les alouettes naïves (1967), Femmes d'Alger dans leur appartement (1980), et L'amour, la fantasia (1985), Le Blanc de l'Algérie (1996) ou encore La Femme sans sépulture (2002) sont parmi les titres où se mêlent tous les combats libérateurs qu'elle voulait mener et incarner. Mais son roman Loin de Médine (1991) symbolisera longtemps et pour longtemps sa lutte permanente pour les droits de la femme. «J'écris, comme tant de femmes écrivaines algériennes, avec un sentiment d'urgence, contre la régression et la misogynie», disait la romancière, celle qui est considérée de « grande voix de l'émancipation des femmes musulmanes et du dialogue des cultures ». Notons que de 1983 à 1989, Assia Djebar a été aussi choisie par Pierre Bérégovoy, alors ministre des Affaires sociales, comme représentante de l'émigration algérienne pour siéger au conseil d'administration du Fonds d'action sociale. Assia Djebar, qui a enseigné à Alger, puis à Paris et aux Etats-Unis, a reçu de nombreux prix et distinctions durant sa carrière, dont Prix Liberatur de Francfort, 1989, le prix Maurice Maeterlinck, 1995, Bruxelles, l'International Literary Neustadt Prize (Etats-Unis-1996), le Prix Marguerite Yourcenar, 1997 (Boston Etats-Unis), le prix de la Paix des libraires allemands (Francfort-2000), et le prix international Pablo Neruda (Italie-2005). Yacine Idjer A l'annonce de la disparition de Assia Djebar, les réactions ne se sont pas fait attendre. «C'est une grande perte pour la littérature universelle, pas seulement algérienne ou maghrébine», a déclaré Amine Zaoui, qualifiant Assia Djebar d'«école de littérature, qui, depuis La Soif jusqu'à sa dernière œuvre,Nulle part dans la maison de mon père, aura été dans un dialogue permanent avec son pays d'origine». Pour l'écrivain Mohamed Meflah, Assia Djebar est «une romancière exceptionnelle, à la plume fertile et abondante et une grande cinéaste qui a été, durant toute son existence, attachée à son pays et à son peuple». Samira Negrouche, poétesse, s'est déclarée, pour sa part, «très affectée par la disparition de la romancière, auteure d'une œuvre littéraire inestimable...». Djillali Khellas, pour qui Assia Djebar était «une pionnière dans son domaine et militante pour l'émancipation des Algériennes et des musulmanes», considère, pour sa part, que l'œuvre de la défunte demeure «profondément ancrée dans le terroir algérien». De son côté, la ministre de la Culture, qui a indiqué que «Assia Djebar a consacré sa vie à l'écriture et à la création et portait l'Algérie dans son cœur et sa mémoire», a déclaré, dans un message de condoléances adressé à la famille de la défunte : «L'Algérie vient de perdre un de ses monuments culturels et une de ses personnalités littéraires majeures. En cette pénible circonstance, je présente à tous les membres de la famille de la défunte et à la communauté culturelle algérienne mes sincères condoléances. » Même le président français, François Hollande, a rendu hommage, dans un communiqué, à Assia Djebar, «à cette femme de conviction, aux identités multiples et fertiles qui nourrissaient son œuvre, entre l'Algérie et la France, entre le berbère, l'arabe et le français».