Tshakapesh dit à sa femme : «Viens avec moi chercher de l'écorce de bouleau.» Ils se rendirent près d'une montagne escarpée, dont les versants étaient boisés. On y trouvait différents végétaux, plus particulièrement du bouleau. C'est là qu'ils rencontrèrent Katshituasku, qui les tua. Ces gens avaient une fille. Et comme ses parents tardaient à revenir, elle décida d'aller à leur recherche. Elle trouva l'endroit où ils avaient été tués. Tout ce qui restait d'eux était son frère cadet. Minuscule, il était encore dans l'utérus que Katshituasku avait arraché du ventre de la femme. Mais il ne l'avait pas mangé. Elle le rapporta au campement et le déposa dans un pot de bois, qu'elle s'empressa de refermer au moyen d'un morceau d'écorce de bouleau. Peu après, le bébé fit sauter ce couvercle en bondissant hors du pot. Déjà, il pouvait s'asseoir et cherchait même à s'amuser. «Fais-moi un arc et des flèches», demanda-t-il à sa sœur aînée. Elle lui en fabriqua un à sa taille et il alla jouer à l'extérieur. Mais ce jouet ne tarda pas à se briser. Sa sœur en fit un autre, qui ne résista pas plus que le premier. Et à force de remplacer ainsi les arcs brisés par d'autres de plus en plus gros, sa sœur fut obligée de tailler le dernier dans un arbre entier. Ce jeune garçon grandissait vite. Aussi en vint-il rapidement à s'interroger sur le fait que sa sœur et lui vivaient seuls. «Pourquoi n'avons-nous pas de parents ? demanda-t-il. Pourquoi n'y a-t-il que nous deux ? Comment se fait-il que notre père et notre mère ne soient pas là ? — Katshituasku les a tués un jour qu'ils étaient allés faire provision d'écorce de bouleau, répondit sa sœur. Comment pourraient-ils être avec nous ? C'est moi qui t'ai recueilli. Tu étais encore dans l'utérus, seule partie de nos parents que Katshituasku n'avait pas mangée.» Comme il s'apprêtait à partir pour la chasse, il demanda à sa sœur où se tenait ce Katshituasku. «Oh ! ne t'avise surtout pas d'aller près de la falaise où il se tient généralement, tu n'en viendrais jamais à bout, s'empressa-t-elle de lui dire. — Assez, ma sœur aînée, dit-il alors, tes paroles me font peur !» Et il ajouta, pour la rassurer : «J'irai ailleurs.» Il partit même dans une direction opposée à celle que, pour leur malheur, ses parents avaient prise. Mais, tout en décochant des flèches ici et là, il finit par se convaincre qu'il ne devait pas croire sa sœur Et quand il fut certain qu'elle ne pouvait plus le suivre des yeux, il mit le cap vers la montagne dont elle lui avait parlé et commença même à l'escalader. Il était encore bien petit. Ayant trouvé les nombreuses pistes d'ours, il fila tout droit à travers elles. Et comme la forêt devenait de plus en plus dense, toutes ces traces convergeaient en une seule piste, dans laquelle il s'engagea. A suivre