Résumé de la 1re partie n Au bout de trois mois de mariage, Souad n'est toujours pas enceinte. Elle commence à se poser des questions. La femme du gardien frappe doucement à la porte du salon. Souad sursaute. — Lalla, je peux entrer ? — Bien sûr, bien sûr, dit la jeune femme. — Aujourd'hui, si tu me le permets, je vais astiquer l'argenterie. Sidi n'aime pas la voir recouverte de poussière ! — Aujourd'hui, dit Souad, je veux discuter avec toi ! Je m'ennuie dans cette maison ! La femme la regarde avec étonnement. — Va préparer un café, apporte les gâteaux qu'il y a dans la cuisine et viens te mettre avec moi ! La bonne obéit mais elle est étonnée : en vingt ans de service dans cette maison, c'est la première fois qu'on lui demande une chose pareille ! Elle revient peu après avec un plateau et le pose sur la table. — Mets-toi là, en face de moi, dit Souad. Elle s'assoit à la place indiquée. C'est Souad qui, avant de se servir, lui sert une tasse de café. — Voilà longtemps que ton mari et toi êtes au service de Si Tahar, dit Souad. — Vingt ans, dit la femme, en souriant. L'âge de Karim. — Karim, c'est ton fils aîné ? — Oui, il s'occupe du jardin ! — Ah, à la vue des roses, on voit qu'il s'en occupe bien ! — Les fleurs, c'est sa passion ! Souad hoche la tête. — Dis-moi, tu as dû connaître les épouses de Si Tahar... — Pas la première, il l'avait déjà répudiée quand nous nous sommes installés ici, mais les trois autres, si... Elle est étonnée que Souad lui parle de cela. Habituellement, les femmes n'aiment pas parler des épouses qui les ont précédées dans la maison. — Tu dois peut-être savoir ce qu'elles sont devenues ? — Non, dit la femme. — Réfléchis bien, dit Souad. La femme réfléchit. — Je sais que la première épouse, apparentée à Si Tahar, s'est remariée et qu'elle vit à l'étranger... — Sais-tu si elle a eu des enfants ? La femme hésite, comme si elle ne voulait pas se mêler d'une affaire qui ne la regardait pas. — Je t'en prie, dit Souad, c'est important pour moi. — Si Tahar ne le sait pas. — Je ne dirai rien de ce que tu m'apprendras à Si Tahar, j'ai juste besoin de savoir ! — Oui, lâche la bonne, elle a eu des enfants… Je l'ai su par une parente commune… Tu dois savoir que mon mari est apparenté à Si Tahar. — Oui, dit Souad, atterrée, je le sais. A suivre Rami M. Histoires vraies : Un de trop 3e partie Résumé de la 2e partie n Quelle jubilation pour un auteur ! Comme les visages de ses deux interprètes sont intéressants, pense Marc, et ça ne fait que commencer. Sans un mot, sans même un regard vers celle qu'il a séduite, Pierre quitte le bureau. Il est à peine sorti, que Jane se jette aux pieds de son mari. Avec des sanglots dans la voix elle le supplie de ne pas mettre à exécution cette odieuse machination. Comme Marc semble insensible à ses arguments, elle lui dit que c'est lui qu'elle aime, que l'attirance qui l'a poussée a céder aux avances de Pierre n'était qu'une passade dont elle ressent toute l'horreur aujourd'hui. «Je ne veux pas te perdre.» Jane baisse la voix au point que l'homme est obligé de lire sur ses lèvres ce quelle ose prononcer : «C'est, lui qui doit mourir ! pas toi...» Malgré lui, Marc Ulmer sent un frisson lui parcourir la nuque. Ainsi cette garce tiendrait suffisamment à lui pour piper les dés. «C'est toi qui dois choisir le verre en premier, n'est-ce pas ? — En qualité d'offensé, oui, c'est moi. — Quel verre choisiras-tu ?» Marc objecte que Pierre pourrait soupçonner qu'il y ait une connivence entre eux. Jane affirme qu'il a trop confiance en elle pour imaginer une telle machination. «Je t'en supplie, Marc, tu dois accepter mon offre. Si tu mourais je n'aurais plus qu'à mourir moi aussi. La vie n'a aucun intérêt sans toi. Je t'aime, Marc, je t'aime...» Ce que l'auteur avait voulu «comédie» tourne soudain à la tragédie antique. Malgré toute la rancune et l'humiliation qui lui rongent le cœur, Marc se sent envahi par immence tendresse. Ce regard, cette voix ne peuvent être que le reflet de la vérité profonde. Il est des signes qui ne trompent pas, et d'ailleurs, quel intérêt aurait-elle à lui jouer cette comédie, puisque le sort est équitable pour les deux antagonistes ? Une bouffée de bonheur envahit le cœur du vieil homme. Cet épisode digne d'un mauvais mélo lui aura au moins appris que Jane tenait sincèrement à lui. Jamais il ne l'aurait soupçonné «Quel sera ton verre ? — Un de trop semble à présent mieux convenir que l'autre.» Jane demande alors à son mari d'aller son à tour dans le couloir dire à Pierre quelle voudrait le voir lui aussi quelques instants. «Je voudrais le rassurer quant à ma, neutralité. Il ne faut pas qu'il se méfie de quoi que ce soit.» Dans le couloir, Marc sent un trouble profond l'envahir peu a peu. Ce qu'il prenait pour une simple plaisanterie a pris des proportions insoupçonnables. Il a presque honte d'avoir triché au départ. Il en vient presque à regretter d'avoir mis un peu d'eau salée dans la fiole plutôt que du cyanure. Il a, un instant, envie de tout arrêter, de dire la vérité, d'éviter la peur ignoble que le goût amer de ce soi-disant poison va provoquer chez ce pauvre petit don Juan de province qui, au seuil de la mort, fait preuve d'une grande dignité... A suivre Pierre Bellemare Au coin de la cheminée La Marquise de Ganges 1re partie Un des derniers jours de l'année 1657, une jeune femme richement vêtue, mais qui cherchait à dissimuler ses traits sous son mantelet, se rendit rue Hautefeuille chez une devineresse nommée Catherine Voisin. Introduite auprès de celle-ci, la cliente, qui n'était autre que la marquise de Castellane — Provençale d'une beauté éblouissante, veuve depuis six mois d'un officier des galères royales, — posa par écrit à la voyante ses questions suivantes : «Suis-je jeune ? Suis-je belle ? Suis-je fille, femme ou veuve ? Voilà pour le passé.» «Dois-je me marier ou me remarier ? Vivrai-je longtemps ou mourrai-je jeune ? Voilà pour l'avenir.» La feuille de papier portant ces questions fut, sur l'ordre même de la Voisin, roulée en boule par la cliente et brûlée sous ses yeux. — Dans trois jours, fit la devineresse d'une voix lente, et d'un air inspiré destiné à impressionner la visiteuse, l'Esprit vous répondra. Trois jours plus tard, Marie de Castellane reçut en effet la courte lettre suivante : «Vous êtes jeune, vous êtes belle, vous êtes veuve ; voilà pour le présent.» «Vous vous remarierez, vous mourrez jeune et de mort violente ; voilà pour l'avenir.» «L'Esprit.» Avec effroi, la «belle Provençale» laissa tomber cette brève missive à ses pieds, cet avis de la Voisin, une aventurière, était-il vraiment le sort qui l'attendait ? Très émue, en proie a une sourde angoisse, la marquise regagna au plus tôt sa province. Elle se retira dans un couvent pour achever son deuil. Elle s'y trouvait depuis quelques semaines, quand, pour la première fois de sa vie, elle entendit parler du marquis de Ganges, gouverneur de Saint-André. — C'est un très bel homme, lui dit une novice d'un air admiratif. — Et il a tout juste vingt ans, précisa une sœur tourière. — Ma foi, reprit la novice d'un air rêveur, si vous l'épousiez, vous formeriez tous deux un couple charmant. Vous semblez fait l'un pour l'autre. La jeune recluse entendit si souvent de pareils propos, qu'elle en vint inconsciemment à désirer voir cet homme dont on parlait tant. De son côté, le marquis de Ganges, devant lequel on avait vanté le charme de la «belle Provençale», résolut de s'assurer si ces éloges étaient mérités. La suite se devine... Le marquis vint au couvent, vit au parloir Marie de Castellane et s'en amouracha aussitôt. Une même passion ne tarda pas à unir ces beaux jeunes gens, qui se marièrent dès l'expiration du deuil de la jolie veuve. Plusieurs années passèrent... A suivre